
Patrick Drahi et Armando Pereira, les fondateurs d'Altice \ Photo : expresso.pt
L’homme d’affaires Patrick Drahi se trouve désormais au centre d’une tempête judiciaire et financière. Son ancien associé de toujours, Armando Pereira, a saisi la justice suisse pour faire valoir des droits sur des participations détenues par Drahi dans des sociétés du groupe Altice, notamment dans les télécoms. Au même moment, l’opérateur français SFR, appartenant à Altice, est en cours de vente. Dans ce contexte tendu, l’enjeu dépasse les simples relations entre deux hommes : ce sont des milliards d’euros, une dette colossale et l’avenir d’un empire des télécoms qui sont en jeu.
Un duo fondateur sous tension
Du co-investissement à la rupture
En 2002, Patrick Drahi et Armando Pereira cofondent Altice, chacun investissant dans le développement du groupe. Au fil des années, M. Pereira accompagne Drahi dans ses opérations majeures dans les télécoms, l’immobilier et les médias.
Mais leur collaboration a pris un virage dangereux : Pereira affirme aujourd’hui détenir environ 20 % des participations de Drahi dans plusieurs activités, ce que Drahi conteste.
L’ancien partenaire a ainsi engagé, le 11 juillet, une action en justice devant le tribunal de première instance de Genève pour faire valoir ses droits.
Les poids cumulés de l’endettement et des enquêtes
Pendant ce temps, Altice, sous le contrôle de Drahi, affiche une dette gigantesque. La dette totale du groupe est estimée à environ 60 milliards de dollars.
Parallèlement, une enquête de corruption au Portugal vise Pereira – qui avait été placé sous résidence surveillée dans le cadre d’une affaire de passes de marchés supposés truqués.
Cette conjonction de faits fragilise durablement l’empire Drahi.
Les enjeux de la procédure suisse
Pourquoi Genève ?
La procédure engagée par Pereira vise une juridiction suisse. Elle cherche à établir que l’associé historique détient des parts dans plusieurs sociétés détenues par Drahi, notamment en France et aux États-Unis.
Ce choix de la Suisse peut s’expliquer par la localisation des actifs, les structures financières internationales mises en place par Drahi et une volonté de Pereira d’agir dans un cadre neutre.
Des milliards à l’horizon
Le litige n’est pas anecdotique : il porte sur d’importantes participations dans les télécoms (Altice France, Altice USA…), dans l’immobilier, voire dans des groupes culturels comme Sotheby’s.
Si le tribunal donne raison à Pereira, Drahi pourrait devoir céder des participations ou verser de lourds montants. Cela pourrait bouleverser la structure de l’empire Altice et remettre en cause le contrôle exercé par Drahi.
L’impact sur Altice et SFR
Vente en cours de SFR
Alors que Patrick Drahi gère déjà la vente de SFR, cette attaque judiciaire tombe à un moment critique. La conjonction d’une vente stratégique et d’un conflit interne majeur crée une incertitude forte pour les investisseurs.
L’opérateur SFR, filiale d’Altice France, est en pleine phase de transition. Tout événement négatif peut peser sur le prix de cession et la capacité de Drahi à maximiser le retour.
Fragilité accrue du groupe
Au-delà de SFR, Altice fait face à un tableau économique assombri : dette massive, taux d’intérêt élevés, et enquête sur corruption.
Le litige avec Pereira ajoute un facteur d’aléa : un jugement défavorable pourrait déclencher des obligations de sortie ou des revalorisations internes nuisibles.
Pour les créanciers d’Altice, l’affaire pourrait constituer une alerte : si Drahi doit mobiliser des ressources pour faire face à la justice, cela peut impacter les flux vers le remboursement de la dette.

Gouvernance & réputation
Le défi de la transparence
Altice a dû suspendre plusieurs cadres après l’arrestation de Pereira. Cela révèle une faiblesse de gouvernance : un mode de fonctionnement “familial” ou informel autour de Pereira avait été dénoncé.
Drahi, en tant que figure centrale, doit désormais rassurer les marchés, les salariés et les régulateurs. Toute faille peut aggraver la crise.
Une réputation entamée
Le fait que l’associé historique soit accusé de corruption et de blanchiment pose un problème d’image pour Drahi et son empire.
Pour les clients, les fournisseurs et les pouvoirs publics, la stabilité d’Altice devient questionnable.
Dans ce contexte, la procédure suisse n’est pas un simple conflit entre associés : elle symbolise une contestation de l’architecture même du groupe.
Scénarios possibles & conséquences
Le scénario “accord amiable”
Pereira et Drahi pourraient négocier un accord à l’amiable : une sortie de conflit par un rachat de parts, une indemnité, ou une restructuration interne.
Cet aboutissement permettrait à Drahi de limiter les dégâts, de préserver son contrôle sur Altice et de maintenir la vente de SFR dans de bonnes conditions.
Cependant, cet accord pourrait être coûteux et amoindrir les perspectives stratégiques.
Le scénario “procès et exécution”
Si la procédure aboutit à une décision judiciaire défavorable pour Drahi, plusieurs impacts sont possibles :
Perte de participations dans des sociétés clés.
Mobilisation de liquidités ou d’actifs pour régler l’associé.
Perte de confiance majeure des marchés financiers et des créanciers.
Ralentissement, voire blocage, de la vente de SFR.
Implications à long terme
Dans les deux cas, l’affaire pose la question de la pérennité de l’empire Drahi. Le modèle basé sur une forte dette, des acquisitions rapides et une gouvernance centralisée montre ses limites.
Pour les priorités stratégiques : renforcement de la gouvernance, réduction de l’endettement, clarté vis-à-vis des investisseurs. Tout cela devient urgent.
Conclusion
L’affaire qui oppose Patrick Drahi à son ancien associé Armando Pereira dépasse la simple querelle personnelle. Elle met en lumière les faiblesses d’un empire bâti sur l’endettement et les relations internes informelles.
L’enjeu est colossal : plusieurs milliards d’euros, le futur de SFR et la capacité d’Altice à se redresser dans un environnement télécoms exigeant.
Drahi doit désormais répondre à deux défis simultanés : un conflit judiciaire interne – rare à ce niveau – et la nécessité de rassurer ses créanciers, ses investisseurs et ses clients.
La trajectoire d’Altice s’écrit dans ce double mouvement : sur le front judiciaire et financier. Pour Patrick Drahi, l’heure de vérité est peut-être arrivée.
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