
L'endroit au Mozambique ou TotalEnergies avait crée son projet au Mozambique \ Photo : cceonlinenews.com
Le projet gazier du Mozambique traverse une zone de turbulence majeure. TotalEnergies, acteur central de cette initiative stratégique, vient de perdre deux soutiens publics européens en seulement quelques heures. Le Royaume-Uni a officialisé son retrait financier, invoquant un niveau de risque jugé trop élevé. Les Pays-Bas, qui envisageaient une décision similaire, ont finalement été devancés par TotalEnergies, qui a renoncé à leur garantie de prêt. Ces événements fragilisent un chantier déjà marqué par l’insécurité et les incertitudes politiques. Ils soulèvent également des questions importantes sur l’avenir du mégaprojet Mozambique LNG, censé devenir l’un des piliers de l’industrie gazière africaine.
Un mégaprojet déjà fragilisé depuis 2021
Le champ gazier situé dans la province du Cabo Delgado est présenté comme l’un des plus prometteurs au monde. Dès son lancement, il suscite l’intérêt des gouvernements et des grandes institutions financières internationales. TotalEnergies ambitionne de faire du site l’un des principaux pôles d’exportation de gaz naturel liquéfié à destination de l’Europe et de l’Asie.
Mais depuis 2020, l’évolution sécuritaire de la région a transformé cette perspective optimiste. En mars 2021, une attaque de la milice Al-Chabab, liée à l’État islamique, a frappé la ville de Palma, située à proximité directe du projet. L’offensive a entraîné plus de 1 400 morts ou disparus selon certaines estimations. Ce choc a poussé TotalEnergies à suspendre le chantier dès le mois suivant, provoquant un gel prolongé des opérations.
Le retrait du Royaume-Uni : un revers majeur
Le premier coup est venu de Londres. Le 1er décembre, le gouvernement britannique a annoncé la fin de son engagement financier de 1,15 milliard de dollars. Ce soutien, attribué via l’agence UK Export Finance (UKEF), devait garantir une partie importante des investissements liés au développement du gaz naturel liquéfié.
Dans une déclaration écrite, le secrétaire d’État au commerce et à l’industrie, Peter Kyle, a évoqué « des risques accrus depuis 2020 ». Selon lui, poursuivre le financement « ne servirait ni les intérêts des contribuables » ni ceux du pays. Le gouvernement souligne la persistance de la menace djihadiste et l’incapacité, pour le moment, de garantir un environnement sécurisé autour des installations industrielles.
Ce retrait ne constitue pas seulement une décision budgétaire. Il envoie également un signal puissant quant aux préoccupations sécuritaires qui entourent le projet gazier du Mozambique, et pourrait influencer d’autres partenaires financiers.
La réaction des Pays-Bas : un soutien écourté
Les Pays-Bas réfléchissaient également à un retrait. Leur contribution, plus modeste mais essentielle, prenait la forme d’une garantie publique destinée à couvrir un prêt bancaire contracté par TotalEnergies. Cette garantie offrait une sécurité aux investisseurs et réduisait le coût global de l’opération.
Avant même que La Haye ne finalise sa décision, TotalEnergies a annoncé renoncer elle-même à ce soutien. En se passant de la garantie néerlandaise, la multinationale a voulu anticiper un retrait quasi certain. Cette attitude vise à préserver le contrôle narratif du projet, en évitant un nouvel abandon médiatisé susceptible de ternir davantage son image.
Pourquoi les partenaires s’inquiètent
Plusieurs raisons expliquent l’inquiétude croissante autour du projet.
Une instabilité sécuritaire persistante
Le Cabo Delgado reste une région sensible. Malgré l’intervention des armées mozambicaine, rwandaise et de forces régionales, la menace djihadiste n’a pas disparu. Les attaques sporadiques entretiennent un climat d’incertitude. Pour un investissement de plusieurs milliards, cette instabilité pèse lourd.
Un projet gelé depuis plus de trois ans
La suspension de 2021 n’a jamais été totalement levée. Chaque nouvelle flambée de violence repousse la perspective d’un retour à la normale. Les entreprises impliquées redoutent un chantier à répétition, où les délais s’allongent indéfiniment.
Des coûts financiers en hausse
Plus l’interruption dure, plus les coûts explosent : sécurisation accrue, réévaluation des infrastructures, renégociation des contrats… Chaque acteur doit réexaminer son exposition au risque.
Des enjeux politiques européens
Les pays européens sont de plus en plus sensibles à la transparence et à la gestion des fonds publics. Soutenir un projet aussi risqué peut devenir difficile à défendre auprès des opinions nationales.
Comment TotalEnergies réagit
Face à ces désengagements successifs, TotalEnergies adopte une posture de fermeté. La compagnie affirme vouloir maintenir le projet, mais sous certaines conditions. Elle insiste sur la nécessité de stabiliser durablement la région avant toute reprise des travaux. Par ailleurs, elle affirme pouvoir restructurer une partie du financement sans dépendre des garanties publiques qui se retirent.
Ce message vise à rassurer les investisseurs privés et les gouvernements africains impliqués. Pour le Mozambique, le chantier représente une manne financière et géopolitique essentielle. Le pays compte sur ce gaz pour renforcer son économie et ses partenariats internationaux.
Une dimension géopolitique majeure
Le projet gazier du Mozambique dépasse largement le cadre énergétique. Il s’inscrit dans une compétition mondiale autour du gaz naturel liquéfié. Face à la crise énergétique européenne et à la réduction des importations russes, chaque source de GNL devient stratégique.
Pour l’Union européenne, sécuriser de nouveaux fournisseurs africains permet de réduire les dépendances et de diversifier les approvisionnements. Mais ces ambitions se heurtent à la réalité du terrain : instabilité politique, insécurité, et besoins d’investissements colossaux.
Les répercussions pour le Mozambique
Pour Maputo, cette série de retraits constitue une mauvaise nouvelle. Le pays espérait un afflux massif de devises, des milliers d’emplois et un renforcement de son poids diplomatique. La suspension prolongée laisse un vide économique dans le Cabo Delgado, où les populations locales peinent à voir des retombées concrètes.
Le gouvernement mozambicain se retrouve dans une position délicate : rassurer les investisseurs tout en luttant contre une insurrection violente. Les retards successifs retardent aussi les recettes fiscales attendues.
Le futur du projet : trois scénarios possibles
Scénario 1 : une reprise progressive avec un financement restructuré
TotalEnergies pourrait s’appuyer davantage sur des banques commerciales ou des fonds souverains non européens. Ce scénario impliquerait une réduction du rôle des États occidentaux dans la gouvernance du projet.
Scénario 2 : un gel prolongé
Si la situation sécuritaire ne s’améliore pas, le projet pourrait rester suspendu pendant encore plusieurs années. Cela provoquerait une perte de confiance durable parmi les investisseurs.
Scénario 3 : un retrait complet
Hypothèse moins probable, mais possible si les risques deviennent ingérables. Le Mozambique se retrouverait alors à la recherche d’un nouvel acteur capable d’assumer un chantier aussi massif.
La position des ONG et des organisations environnementales
De nombreuses ONG alertent depuis des années sur les impacts du projet. Elles évoquent des déplacements de population, des risques pour les écosystèmes marins et une contribution potentielle au réchauffement climatique. Les retraits récents renforcent leur argumentaire. Elles estiment que les États européens doivent privilégier des investissements plus sûrs et plus durables.
Ce débat s’inscrit dans une dynamique mondiale où les projets fossiles sont de plus en plus contestés. La pression environnementale pourrait peser davantage dans les futures décisions politiques.
L’équilibre entre développement et sécurité
Le Mozambique souhaite tirer parti de ses ressources naturelles pour accélérer son développement. Mais la coexistence entre croissance économique et sécurité intérieure reste un défi. La région du Cabo Delgado illustre parfaitement cette tension.
Le succès du projet gazier du Mozambique dépendra de la capacité du pays à rétablir la paix de manière durable. Sans cela, aucun investisseur ne pourra s’engager sereinement.
Conclusion
La perte du soutien du Royaume-Uni et des Pays-Bas marque un tournant dans la trajectoire de Mozambique LNG. TotalEnergies tente de garder la main, mais l’environnement géopolitique et sécuritaire complique chaque étape. Le projet gazier du Mozambique reste stratégique, mais son futur dépend désormais d’une situation régionale instable. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer s’il s’agit d’une turbulence passagère ou d’un signal d’alarme plus profond pour le secteur énergétique africain.
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