
Le Nutri Score va devenir obligatoire \ Photo : ChatGPT
L’affichage obligatoire du Nutri-Score franchit une nouvelle étape en France. Le 7 novembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté une mesure visant à rendre systématique la présence du logo nutritionnel sur les emballages alimentaires. Cette obligation ne s’applique toutefois pas à tous les produits. Certains produits du terroir, notamment ceux portant un label d’appellation d’origine protégée (AOP/AOC) ou d’indication géographique protégée (IGP), pourront en être exemptés. L’objectif est de renforcer la transparence nutritionnelle tout en préservant la spécificité des produits traditionnels. Cette réforme s’inscrit dans le cadre du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026 et déclenche déjà de vastes débats, tant du côté de la santé publique que de l’agro-alimentaire et des territoires.
Pourquoi rendre l’affichage obligatoire du Nutri-Score ?
Un outil de santé publique pour mieux informer les consommateurs
Le Nutri-Score est un système d’étiquetage nutritionnel visible sur l’avant des emballages. Il se base sur un score calculé pour 100 g ou 100 mL, prenant en compte à la fois les nutriments à favoriser (fibres, fruits et légumes, protéines) et ceux à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel).
En le rendant obligatoire, les pouvoirs publics cherchent à renforcer l’information des consommateurs au moment de l’achat, afin de favoriser des choix alimentaires plus sains.
Une adoption partielle jusqu’à aujourd’hui
Jusqu’à maintenant, l’affichage du Nutri-Score était volontaire en France, les entreprises pouvant décider de l’apposer ou non.
Selon les bilans, 62 % des volumes de ventes françaises étaient engagés dans la démarche en 2024, mais un nombre important de produits restaient sans logo.
Cette situation a conduit à des appels à la généralisation de l’étiquetage pour améliorer la transparence nutritionnelle.
Un contexte européen complexe
À l’échelle de l’Commission européenne, la généralisation du Nutri-Score est freinée par la réglementation européenne. En effet, les États membres ne peuvent pas imposer librement un nouveau système d’étiquetage sans cadre européen.
Cela explique pourquoi la France cherchait une voie nationale pour imposer l’affichage obligatoire, dans le cadre du budget de la Sécurité sociale.
Le contenu de la mesure votée par l’Assemblée nationale
Le vote du 7 novembre 2025
L’Assemblée nationale a adopté, le vendredi 7 novembre au soir, un amendement pour rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score sur les emballages des aliments. Cette mesure a été intégrée dans l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a souligné que l’amendement présentait un risque de conflit avec le droit européen. Elle a toutefois précisé que l’intérêt du Nutri-Score était partagé et que son usage était déjà en augmentation.
La députée écologiste Sabrina Sebaihi a défendu la mesure en affirmant que « les grandes marques comme Coca-Cola ou Ferrero n’ont pas de Nutri-Score sur leurs emballages. Et pourtant on sait que c’est mauvais pour la santé ».
Exemptions pour les produits du terroir
Un sous-amendement déposé par le député Jean-François Rousset (Renaissance) a introduit une clause d’exception. Celle-ci exclut de l’obligation les « produits bénéficiant d’un signe national ou européen de qualité dont la liste est définie par décret ».
Concrètement, les produits porteurs d’un label d’appellation d’origine protégée (AOP/AOC) ou d’une indication géographique protégée (IGP) pourront être exemptés. L’argument mis en avant est de ne pas « comparer » des produits de terroir à des produits ultratransformés.
Plusieurs députés ont salué cette distinction, soulignant l’importance des filières locales et traditionnelles.
Les prochaines étapes législatives
Le vote sur l’ensemble du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2026 est programmé en séance plénière. Ensuite, le texte sera transmis à l’Sénat pour examen.
Une proposition de loi parallèle, déposée au Sénat, vise également à rendre obligatoire l’affichage du Nutri-Score et à interdire la publicité pour des produits à faible qualité nutritionnelle.
La mise en œuvre dépendra désormais du calendrier parlementaire, des discussions européennes et de l’adoption des décrets d’application.
Les enjeux et débats autour de l’affichage obligatoire
Pour la santé publique et les consommateurs
L’obligation d’affichage du Nutri-Score pourrait renforcer la capacité des consommateurs à comparer rapidement la qualité nutritionnelle des aliments au moment de l’achat. Cela pourrait favoriser un meilleur équilibre alimentaire et contribuer à la lutte contre les maladies chroniques (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires).
À terme, cette mesure pourrait encourager les industriels à revoir la composition de leurs produits pour obtenir de meilleures notes.
Des inquiétudes pour les producteurs traditionnels
Les filières du fromage, de la charcuterie et d’autres produits à forte teneur en matières grasses ou en sel s’alarment des effets négatifs potentiels du Nutri-Score sur leurs catégories. Le sous-amendement sur les AOP/AOC/IGP vise à protéger ces produits d’un mauvais classement automatique.
Certains estiment que ces produits ne sont pas comparables à des produits industriels ultra-transformés et dénoncent un traitement injuste.
Une légalité européenne à clarifier
L’article soulève la question de la conformité au droit de l’Union européenne. La ministre a rappelé que cette adoption devait respecter le cadre européen.
En l’absence d’un cadre européen contraignant, la France doit naviguer entre ambition nationale et respect des règles communautaires.
Le rôle de l’industrie et des marques
L’usage volontaire du Nutri-Score jusqu’à présent a montré des lacunes : certaines grandes marques n’ont pas adopté le logo, surtout lorsque leur score serait peu favorable.
L’obligation pourrait inverser la logique : l’affichage deviendrait la norme et non l’option.
Impacts concrets et perspectives
Pour les consommateurs
Dès la mise en œuvre, les consommateurs devront retrouver le Nutri-Score sur les emballages, sauf exception pour les labels d’origine protégée. Cette visibilité accrue favorisera un repère rapide dans les rayons.
Il reste cependant à régler la question de l’harmonisation des scores entre catégories (produits anciens, locaux, traditionnels) et de l’information autour des produits exemptés.
Pour les industriels et les marques
Les marques devront adapter leurs emballages et engager, potentiellement, des reformulations pour améliorer leur Nutri-Score.
Les produits bénéficiant d’une exemption devront clarifier leur statut pour éviter la confusion chez les consommateurs. Les filières d’AOP/AOC/IGP bénéficieront d’un sursis ou d’un traitement spécifique.
Pour les filières terroir
L’exemption annoncée permet de ménager les produits labellisés du terroir. Cela doit rassurer les producteurs mais soulève un défi de communication : expliquer pourquoi certains produits n’affichent pas le logo alors que d’autres l’affichent.
Les filières devront tirer parti de cette latitude pour valoriser leur qualité différente : origine, tradition, méthode de production.
Pour la législation et la régulation
La mesure posée dans le cadre du budget de la Sécurité sociale illustre l’articulation entre politique nutritionnelle et politique budgétaire.
La suite dépendra de l’adoption des textes au Sénat, de la publication des décrets d’application et des éventuels ajustements en fonction du droit européen. Affaire à suivre.
Les défis à venir
Harmoniser l’algorithme Nutri-Score
Le mode de calcul du Nutri-Score évolue, suite à l’avis d’un comité scientifique.
Cette réforme devra prendre en compte les spécificités de certains produits (produits laitiers, terroir) et répondre aux critiques sur la pertinence du score pour l’ensemble des catégories.
Assurer la lisibilité pour tous les consommateurs
L’affichage du Nutri-Score est un repère simple, mais les consommateurs doivent comprendre son sens réel et l’utiliser correctement.
Une communication claire et pédagogique s’impose : que signifie “A” ou “E” ? Comment comparer deux produits ? Pourquoi certains produits ne l’affichent pas ?
Garantir l’équité entre chaînes industrielles et circuits courts
Le système devra éviter d’avantager les grandes marques ou de pénaliser injustement les petits producteurs. L’équité territoriale et la cohérence nutritionnelle sont à préserver.
Suivre l’évolution européenne
La France agit, mais la dimension européenne reste déterminante : sans cadre européen contraignant, l’harmonisation demeure incertaine.
Un véritable marché unique implique une solution commune, mais l’Europe tarde à agir.
Conclusion
L’Assemblée nationale franchit un cap dans la transparence nutritionnelle : l’affichage obligatoire du Nutri-Score est voté, à condition d’exceptions pour les produits d’origine protégée. Cette décision illustre la tension entre santé publique, filières traditionnelles, droit européen et industrie agroalimentaire.
La mise en œuvre concrète sera cruciale : décrets à venir, calendrier à respecter, communication auprès des consommateurs et adaptation des industriels. Cette réforme pourrait transformer le paysage de l’étiquetage en France, mais sa réussite dépendra de l’équilibre entre exigence nutritionnelle et respect des identités agroalimentaires.
En somme, c’est un tournant important : informer mieux pour consommer mieux, tout en préservant nos terroirs.
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