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Les nominés du Prix Nobel de physique \ Photo : AFP - Jonathan Nackstrand

En 1985, trois physiciens ont prouvé que l’effet tunnel pouvait s’appliquer à des objets macroscopiques. 40 ans plus tard, leur exploit se voit couronné par le prix Nobel de physique 2025. La révolution quantique est en marche.
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Le prix Nobel de physique 2025 récompense John Clarke, Michel Devoret et John Martinis pour leur découverte majeure : l’effet tunnel à l’échelle macroscopique dans un circuit supraconducteur. Ce résultat fonde la grande évolution des technologies quantiques, ouvrant la voie aux qubits supraconducteurs, aux capteurs quantiques ou à la cryptographie quantique.

Dans cet article, nous revenons sur les expériences historiques, expliquons les principes physiques impliqués, et analysons les retombées pour le futur.

 Contexte historique : de l’effet tunnel à la technologie quantique

 L’effet tunnel en physique fondamentale

L’effet tunnel est un phénomène quantique selon lequel une particule franchit une barrière d’énergie même si elle n’en possède pas assez selon la physique classique. Ce concept est apparu en 1928 grâce aux travaux de George Gamow, notamment pour expliquer la désintégration alpha dans les noyaux radioactifs.

Cette idée — qu’une particule peut “traverser un obstacle énergétique” par un processus probabiliste — a longtemps été confinée aux micro-systèmes.

 Vers une application macroscopique : la jonction Josephson

Dans les années 1960–1970, les physiciens ont étudié la jonction Josephson : deux supraconducteurs séparés par une fine couche isolante. Le comportement quantique y peut se manifester, notamment l’effet tunnel de paires d’électrons (ou paires de Cooper).

Anthony Leggett, lauréat du Nobel en 2003, a théorisé le rôle de l’effet tunnel dans de telles jonctions. Ces modèles ont inspiré les expériences ultérieures à Berkeley.


 L’expérience de 1985 à Berkeley

 Conception du circuit supraconducteur

En 1985, dans le laboratoire de l’Université de Berkeley, John Clarke, Michel Devoret et John Martinis construisent un circuit supraconducteur censé rester dans un état stable, sans générer de tension. Ce circuit fait appel à une jonction Josephson pour isoler deux parties d’un supraconducteur.

À très basse température, les conditions permettent la supraconductivité et l’apparition de phénomènes quantiques macroscopiques.

 Observation de l’effet tunnel macroscopique

Contre toute attente, le circuit commence à générer une tension mesurable, sans stimulation externe. Cela indique que le système a franchi la barrière d’énergie imposée par l’isolant — par effet tunnel — mais à l’échelle macroscopique.

Cette intrusion quantique dans un système “grand” démontre que les principes quantiques ne sont pas réservés aux particules seules.

 Quantification de l’énergie : sauts discrets

Mais l’équipe ne s’arrête pas là. En étudiant la tension mesurée, ils remarquent qu’elle ne varie pas de façon continue. Le système “saute” entre niveaux d’énergie, chaque saut correspondant à un quantum précis.

Ainsi, le circuit n’échange pas une énergie arbitraire : seule une quantité discrète (un quantum) est permise. Il s’agit là d’une quantification des états d’un système macroscopique.


 Principes physiques en jeu

 Paires de Cooper et cohérence quantique

À très basse température, les électrons s’apparient en paires — les paires de Cooper — dans un matériau supraconducteur. Ces paires se comportent comme une onde collective, perdant leur individualité.

Cette cohésion permet au système de franchir une barrière d’énergie comme s’il creusait son propre passage, phénomène rendu possible par l’effet tunnel macroscopique.

 Passage d’énergie par quanta

Chaque saut d’énergie observé dans le circuit correspond à un quantum bien défini. Cela implique que le système ne peut passer que d’un niveau à un autre discret.

Cela recopie le comportement des électrons dans un atome, mais appliqué à un circuit macroscopique.

 Du microscopique au macroscopique

Le grand exploit des lauréats est d’avoir fait “monter” le comportement quantique au niveau de l’objet tangible. Ce qu’on croyait réservé au monde subatomique s’applique ici à un circuit que l’on peut manipuler.


 Impacts et applications : des qubits aux technologies quantiques

 Naissance des qubits supraconducteurs

Les phénomènes démontrés à Berkeley constituent la base des qubits supraconducteurs — ces “atomes artificiels” qui stockent et traitent l’information quantique. Ces qubits peuvent exister dans une superposition des états 0 et 1.

Ils sont aujourd’hui au cœur des ordinateurs quantiques en développement.

 Cryptographie quantique et capteurs quantiques

Au-delà de l’informatique quantique, ces découvertes inspirent des avancées dans la cryptographie quantique — pour des communications ultra-sécurisées — et les capteurs quantiques, capables de mesurer avec une précision extrême (champs magnétiques, gravité, temps, etc.).

La mécanique quantique appliquée trouve des débouchés dans des domaines concrets.

 Vers un usage quotidien

Le comité Nobel récompensant ces pionniers marque un tournant : un siècle après la naissance de la mécanique quantique en 1925, elle sort finalement du monde académique pour s’inviter dans nos technologies.

L’informatique quantique, les capteurs quantiques et la cryptographie quantique pourraient bientôt transformer notre quotidien.

w453 174484 press physicsprize2025 figure5 Prix Nobel de Physique 2025 : la révolution des technologies quantiques
Le Prix Nobel 2025 \ Photo : Nobel Prize

 Pourquoi ce prix Nobel est un moment clé

 Une récompense tardive mais légitime

L’attribution du prix Nobel de physique 2025 peut sembler tardive : les travaux datent de 1985. Mais dans les sciences, l’impact se mesure souvent sur de longues échéances.

Le comité Nobel reconnaît ici que leurs découvertes ont pris tout leur sens au moment où les technologies quantiques commencent à mûrir.

 Du laboratoire à l’industrie

Ce prix marque le moment où la physique quantique n’est plus confinée aux laboratoires. Elle entre dans l’arène industrielle.

Les lauréats ont transformé un concept fondamental en une technologie utilisable, posant les fondations d’un futur quantique.

 Un pont entre théorique et appliqué

Le Nobel récompense aussi cette idée : parfois la théorie la plus abstraite trouve sa place dans l’utile. Ici, l’effet tunnel et la quantification n’étaient pas supposés s’appliquer à ce niveau, mais ils le font.

C’est une leçon sur la puissance de la recherche fondamentale.


 Défis et perspectives pour l’avenir

 Limites techniques des qubits supraconducteurs

Malgré les progrès, les qubits supraconducteurs restent fragiles : ils doivent fonctionner à des températures extrêmement basses et sont sensibles au bruit quantique.

Les chercheurs travaillent à améliorer la stabilité (cohérence) et à réduire les erreurs.

 Scalabilité et interconnexion

Construire quelques qubits est une chose ; en assembler des centaines, des milliers, voire des millions, en est une autre. La scalabilité demeure un défi majeur.

La connectivité entre qubits (interconnexion) est aussi un enjeu critique pour les architectures quantiques.

 Applications réelles à grande échelle

Même si les prototypes existent, il faudra des années avant que des applications quantiques dépassent les performances classiques dans des domaines pratiques.

Mais la route est tracée : cryptographie sécurisée, simulations quantiques complexes, détection ultra-sensible…


Conclusion

Avec l’annonce du prix Nobel de physique 2025, la révolution des technologies quantiques entre dans une nouvelle phase. Les expériences pionnières de Clarke, Devoret et Martinis ont prouvé que les lois de la physique quantique peuvent s’appliquer à des objets macroscopiques.

Cette percée ouvre la voie aux qubits supraconducteurs, à la cryptographie quantique et aux capteurs ultra-sensibles. Le monde technologique est désormais à l’aube d’un âge quantique concret.

Ce Nobel n’est pas juste une récompense : c’est un signal que la physique quantique devient tangible — et que notre futur pourrait bien être quantique.

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