
Vigne en sécheresse \ Photo : IP3 PRESS/Guillaume Bonnefont
La canicule en France prend une tournure alarmante, plaçant la faune et la flore face à une menace sans précédent. Depuis le vendredi 8 août, le sud du pays subit une vague de chaleur d’une intensité extrême. Selon Serge Zaka, agroclimatologue, les températures prévues dans les prochains jours dépassent largement les capacités de résistance de nombreux organismes vivants.
Des températures au-delà des limites physiologiques
Météo France a placé douze départements en vigilance rouge « canicule » pour ce lundi et mardi. Serge Zaka explique que la plupart des espèces animales et végétales présentes dans le sud-ouest ne supportent pas des températures supérieures à 42 ou 43°C. Passé ce seuil, il ne s’agit plus d’un simple inconfort, mais d’un stress thermique extrême, pouvant entraîner la mort ou de lourdes pertes agricoles.
Prenons l’exemple de la tomate, couramment cultivée dans les potagers et exploitations maraîchères. Sa croissance optimale se situe autour de 32-33°C. Au-delà, la vitesse de développement ralentit nettement, jusqu’à atteindre un point critique à 40°C. Entre 40 et 41°C, la plante peut encore résister sans dommages visibles. Mais au-delà, la génétique ne permet plus de protéger les feuilles, fleurs et fruits. Les brûlures apparaissent, les fleurs tombent, et les récoltes diminuent fortement.
Toutes les cultures menacées, sauf rares exceptions
Cette vague de chaleur affectera pratiquement toutes les cultures. Seules certaines espèces adaptées à la sécheresse et à la chaleur intense, comme le pistachier, l’olivier ou le sorgho, pourraient s’en sortir. Cependant, ces plantes ne sont pas originaires de la région et ne représentent qu’une faible part de la production agricole locale.
Pour le reste, toutes les filières agricoles risquent de subir de lourdes pertes. Le bétail est lui aussi touché. Les vaches, par exemple, voient leur production de lait chuter en période de stress thermique, tandis que les poules pondent moins d’œufs. Ce phénomène nuit autant au bien-être animal qu’aux rendements économiques.
Des températures hors normes
Certains estiment qu’atteindre 35 ou 40°C l’été est « normal ». Serge Zaka conteste fermement cette idée. Les données montrent que, sur les 30 dernières années, la température moyenne autour du 11 août à Bordeaux est de 28°C. Aujourd’hui, le thermomètre grimpe jusqu’à 42°C, soit 14°C au-dessus de la moyenne. Dans certaines régions, l’écart pourrait atteindre 17°C.
Statistiquement, un été « normal » se situe dans une fourchette de -3°C à +2°C par rapport à la moyenne saisonnière. Les niveaux actuels sont donc totalement hors norme. Comme le souligne l’agroclimatologue : « Si ces températures étaient normales, nos végétaux ne brûleraient pas ».
Une multiplication inquiétante des épisodes de canicule
Depuis 1947, la France a connu 51 vagues de chaleur. Mais le rythme s’accélère fortement. Depuis les années 2000, le nombre de canicules a été multiplié par quatre. Ce phénomène transforme l’exceptionnel en quasi-routine estivale.
Aujourd’hui, on ne parle plus d’un simple « risque de canicule », mais d’une saison des canicules. Il n’est plus rare d’en connaître deux ou trois au cours du même été, contre une tous les quatre ans autrefois. Et selon les projections, les températures observées actuellement ne seront plus considérées comme exceptionnelles d’ici 30 ans.
Cependant, si l’être humain pourra s’adapter progressivement à ces conditions, ce ne sera pas le cas des écosystèmes. Les forêts mettent plusieurs siècles à évoluer, et les cultures agricoles ne peuvent pas s’adapter rapidement à des conditions climatiques aussi extrêmes.
Un enjeu vital pour la biodiversité
Au-delà de l’agriculture, c’est toute la biodiversité qui est menacée. Les températures extrêmes perturbent les cycles de reproduction, modifient les comportements migratoires et peuvent entraîner des extinctions locales. Les espèces les plus fragiles, déjà mises à mal par la sécheresse et la fragmentation des habitats, risquent de disparaître de certaines zones.
Les milieux aquatiques sont également touchés : l’augmentation de la température de l’eau réduit l’oxygène disponible pour les poissons et autres organismes aquatiques. Les rivières peu profondes risquent de voir leur biodiversité s’effondrer.
Se protéger face à la canicule
Face à ce danger, les autorités rappellent l’importance de suivre les recommandations de prévention. Le numéro vert Canicule info service (0 800 06 66 66, appel gratuit) est accessible de 9h à 19h. Des conseils détaillés sont également disponibles sur le site du ministère de la Santé.
Les mesures essentielles comprennent :
Rester à l’ombre et limiter les activités physiques aux heures les plus fraîches.
S’hydrater régulièrement, même sans sensation de soif.
Rafraîchir les habitations en fermant volets et fenêtres en journée.
Prendre soin des animaux domestiques, en leur offrant eau et abri frais.
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