Accueil » Politique » Décret sanction chômeurs : une attaque judiciaire des associations
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Fiche de demande de RSA \ Photo : divion.fr

Un décret publié fin mai 2025 permet désormais de suspendre jusqu’à 30 % ou plus l’allocation des demandeurs d’emploi ou allocataires du RSA en cas de manquement. Résultat ? Une dizaine d’associations et syndicats portent l’affaire devant le Conseil d’État pour dénoncer « une sanction qui appauvrit encore plus les plus précaires
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Le décret sanction chômeurs, entré en vigueur fin mai 2025, permet de sanctionner les demandeurs d’emploi ou allocataires du Revenu de solidarité active (RSA) qui manquent à leurs obligations. Plusieurs associations et syndicats contestent devant la justice cet outil qu’ils jugent particulièrement dur pour les plus précaires. Ce nouvel équilibre entre accompagnement et devoirs ouvre un débat de fond sur la politique sociale et le retour à l’emploi en France.


Contexte et contenu du décret

La loi « Plein emploi » et le rôle de France Travail

La réforme, issue de la loi du 18 décembre 2023 dite « Plein emploi », élargit les obligations des demandeurs d’emploi et des allocataires du RSA. 
Le décret n° 2025-478 du 30 mai 2025 fixe les nouvelles règles de sanction applicables aux demandeurs d’emploi, y compris ceux bénéficiaires du RSA.

Objectifs affichés du texte

Le ministère du Travail présente ce dispositif comme un outil d’équité et de responsabilisation :

Harmoniser les régimes entre inscrits à France Travail, qu’ils soient ou non bénéficiaires du RSA.

Introduire une logique de « suspension-remobilisation » : la sanction vise à favoriser le retour à l’emploi plutôt que la simple suppression du droit.

Encadrer la proportion et la durée des sanctions selon la gravité et la récidive.

Principales mesures du décret

En cas de manquement (contrat d’engagement non signé, absence à rendez-vous, démarches insuffisantes…), l’allocation peut être suspendue à hauteur d’au moins 30 % pour un à deux mois.

En récidive ou fraude, la sanction peut aller jusqu’à une suppression totale pendant plusieurs mois voire l’année.

Il est prévu que toute sanction soit précédée d’une possibilité de présenter des observations.

Pour les foyers composés (allocataires RSA), un plafonnement de la part suspendue est prévu (50 %).


Les critiques des associations et syndicats

Qui attaque et pourquoi ?

Une dizaine d’associations – dont Secours Catholique, Emmaüs France ou encore ATD Quart Monde – et des syndicats tels que CGT, Solidaires ou FSU ont déposé un recours devant le Conseil d’État fin juillet 2025. 
Ils visent l’abrogation de ce décret, qu’ils jugent « inacceptable ». Selon eux, il creuse l’appauvrissement des plus fragiles et accentue la pression sur les allocataires.

Témoignages et terrain : un exemple concret

« Ils font un rappel… mais on me l’a dérobé dans le bus », témoigne Angélique, allocataire RSA suspendue un mois pour non-actualisation. Ce cas souligne le risque d’une sanction automatique dans des situations de précarité extrême.
Ces associations relèvent que des bénévoles conseillent désormais de garder un maximum de traces pour se prémunir contre les sanctions — ce qui peut, selon elles, décourager certains bénéficiaires.

Les points contestés

Un durcissement qui pénalise davantage les publics fragiles, notamment ceux en situation d’illectronisme ou sans accès facile à internet.

Le risque de substitution d’un accompagnement personnalisé par un modèle d’exclusion.

Une logique de contrôle plus automatisée et offensive : un million de contrôles prévus en 2025, 1,5 million en 2027.

Une crainte de « travail gratuit » en contrepartie du RSA ou des obligations induites.


Quelles conséquences pour les allocataires ?

Suspension, suppression, radiation : ce qui change

Désormais, un simple manquement peut conduire à la suspension d’au moins 30 % des allocations pendant un ou deux mois. 
En cas de récidive ou fraude, la suppression totale de l’allocation jusqu’à 12 mois est possible. 
La radiation temporaire des listes de demandeurs d’emploi peut aussi intervenir.

Impacts concrets sur les publics vulnérables

Le dispositif touche particulièrement les allocataires du RSA : ceux-ci sont maintenant inscrits automatiquement à France Travail. 
Le non-respect d’une date d’actualisation, d’un rendez-vous ou d’une démarche simple peut déclencher une sanction. Le cas d’Angélique en est un exemple.
Des allocataires peuvent basculer dans la précarité accrue : réduction de ressources, difficultés accrues à relancer une recherche d’emploi.

Effets sur l’accompagnement et la relation d’aide

L’objectif de la « suspension-remobilisation » est affiché comme un moyen de maintenir le lien d’accompagnement plutôt que de rompre directement. 
Cependant, les associations alertent que le contrôle va supplanter l’aide, et que les capacités d’aide sociale locale (missions locales, centres sociaux) risquent d’être dépassées.


Le processus judiciaire en cours

Le recours devant le Conseil d’État

Les organisations ont déposé fin juillet 2025 un recours au Conseil d’État. Elles argumentent que le décret viole les principes de proportionnalité, d’égalité et d’accès effectif aux droits. 
Le dossier doit être transmis par l’État fin octobre, selon les sources.

Les enjeux juridiques

Les organisations contestent notamment :

Le caractère potentiellement disproportionné des sanctions.

Le manque de garanties effectives pour les publics en situation de handicap ou d’exclusion numérique.

Le respect des droits fondamentaux liés à l’allocation, à la protection sociale, à l’accompagnement.

Ce qui pourrait en découler

Si le Conseil d’État donne raison aux associations, le décret pourrait être abrogé ou amendé. Cela imposerait au gouvernement de revoir les modalités de sanction ou d’accompagnement.
Même en l’absence d’annulation, un moralement effet notable se dessine : une pression accrue sur la mise en œuvre par France Travail et les départements, et une attention renforcée des acteurs du social.


Analyse : entre devoirs, droits et précarité

Un équilibre politique complexe

Le dispositif vise à responsabiliser les demandeurs d’emploi et allocataires du RSA dans un contexte de reprise économique et de marché du travail tendu.
Mais le défi consiste à allier efficacité, accompagnement et respect des droits. L’axe « droits-devoirs » est réaffirmé, mais dans les faits, les fragilités individuelles sont très diversifiées.

Risques d’exclusion sociale amplifiée

Les associations soulignent qu’un dispositif de sanction dur peut avoir l’effet inverse de l’insertion : découragement, exclusion, aggravation des situations de pauvreté.
Des personnes déjà fragiles peuvent ne pas avoir les moyens (internet, transport, santé) pour respecter toutes les obligations, et se retrouver ainsi exposées à des sanctions disproportionnées.

Accompagnement et contrôle : quelle priorité ?

Théoriquement, le modèle est un accompagnement renforcé et un contrôle proportionné. Mais les moyens ne suivent pas nécessairement : manque de conseillers, complexité accrue des démarches.
Le risque est que le « contrôle » prenne le pas sur l’aide, ce que dénoncent plusieurs syndicats.

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L’organisation du Secours Catholique qui a porté plainte contre l’état \ Photo : finistere.secours-catholique.org

Que faire pour les allocataires et les professionnels ?

Pour les allocataires

Garder soigneusement toutes les preuves de démarches : appels, mails, justificatifs. Cela est conseillé par les associations.

Être vigilant aux dates d’actualisation, rendez-vous, signatures de contrat d’engagement.

En cas de difficulté (accès internet, mobilité, santé), alerter les services sociaux ou mission locale pour prévenir le manquement.

Pour les professionnels (associations, travailleurs sociaux)

Mettre en place une veille des cas à risque et accompagner pro-activement les personnes en situation précaire ou numérique.

Informer sur les recours possibles et assurer que les droits à la défense sont bien garantis.

Collaborer avec les conseillers de France Travail pour prévenir les sanctions plutôt que devoir les gérer après-coup.

Pour les décideurs politiques

Veiller à ce que les sanctions restent proportionnées, individualisées, et que les publics vulnérables bénéficient de traitements adaptés.

Renforcer les moyens d’accompagnement plutôt que multiplier les contrôles punitifs.

Suivre l’impact réel des mesures sur le retour à l’emploi et sur l’inclusion sociale.


Conclusion

Le décret sanction chômeurs marque un tournant dans la politique de l’emploi en France. Il inscrit un régime plus strict de devoirs pour les demandeurs d’emploi et allocataires du RSA, tout en affichant un souci d’accompagnement et de retour rapide à l’emploi. Toutefois, la mise en œuvre suscite de fortes réserves de la part d’associations et syndicats qui dénoncent un durcissement aux conséquences sociales potentiellement lourdes. Le recours en justice engagé ouvre un débat essentiel : comment conjuguer l’efficacité de l’accompagnement, la responsabilisation individuelle et la protection des publics les plus fragiles ?


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