
L'Europe et la Russie \ Photo : ChatGPT
Depuis mai 2022, l’opération Doppelgänger est une campagne de désinformation d’ampleur internationale, pilotée depuis la Russie. Elle vise à semer le doute dans les sociétés européennes, affaiblir le soutien à l’Ukraine et discréditer les sanctions occidentales. L’originalité de cette opération réside dans l’utilisation de clones de médias célèbres, imitant parfaitement leurs sites officiels pour tromper les lecteurs. Info ou Intox ? Cette opération est bien réelle, documentée par de nombreuses enquêtes, même si son impact reste limité.
Genèse et acteurs de l’opération Doppelgänger
L’opération a été identifiée en septembre 2022 par EU DisinfoLab, une ONG spécialisée dans l’analyse des manipulations numériques. Elle opère toutefois depuis mai 2022. Ses activités ont été révélées grâce à la découverte de dizaines de faux sites, parfaitement calqués sur des médias européens de renom.
Deux sociétés russes sont directement liées à l’opération : Social Design Agency (SDA) et Structura National Technologies. D’autres structures, comme Argon Labs, pourraient également être impliquées dans cette campagne d’ingérence.
Objectifs et cibles de la campagne
Les principaux objectifs de l’opération Doppelgänger sont clairs :
Dénigrer les sanctions occidentales, les présenter comme inefficaces ou nuisibles.
Discréditer l’Ukraine, en insistant sur la corruption supposée ou des liens imaginaires avec l’idéologie néo-nazie.
Alimenter les peurs sociales en Europe : arrivée des réfugiés, risques économiques, fragilité de la cohésion nationale.
En Europe, plusieurs grands médias ont été copiés :
En France : Le Monde, Le Parisien, 20 Minutes, La Croix, Le Figaro, ainsi que le site du ministère des Affaires étrangères.
En Allemagne : Spiegel, Bild, FAZ.
En Italie, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Ukraine : plusieurs titres nationaux ou institutions officielles.
Méthodes et techniques utilisées
Les organisateurs pratiquent le typosquattage, en créant des noms de domaine proches de ceux des médias copiés (par exemple une lettre changée, une extension différente). Le design est identique, ce qui trompe facilement les lecteurs inattentifs.
Des publicités Facebook ont été utilisées pour pousser ces faux articles auprès de publics ciblés. Les organisateurs utilisent également des faux profils (bots et comptes éphémères) ainsi que des campagnes coordonnées pour relayer les contenus manipulés.
Les sites recourent aussi à des redirections complexes pour brouiller les pistes. Ils adaptent parfois leurs contenus selon la localisation de l’internaute, afin d’éviter la détection par les autorités.

Impact réel et efficacité limitée
Si la campagne est sophistiquée, son impact reste limité. Le taux d’engagement (clics, partages, commentaires) est souvent faible. De plus, les grands médias ciblés dénoncent régulièrement ces clones, réduisant leur crédibilité.
Les autorités réagissent également. VIGINUM, le service français de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, a identifié de nombreux sites frauduleux. Le Conseil de l’Union européenne a sanctionné les entreprises impliquées, dont SDA et Structura National Technologies. Enfin, le règlement DSA (Digital Services Act) fournit désormais un cadre juridique pour obliger les plateformes à agir plus vite contre ces manipulations.
Comment se protéger de la désinformation ?
Pour les internautes, quelques gestes simples permettent de limiter les risques :
Vérifier l’URL avant de lire ou partager un article.
Comparer les informations avec plusieurs sources fiables.
Se méfier des contenus trop sensationnels ou alarmistes.
Du côté des médias et des autorités, plusieurs actions sont menées :
Les médias portent plainte pour usurpation.
Les institutions collaborent avec les plateformes pour bloquer les faux sites.
Des programmes d’éducation aux médias sont renforcés pour sensibiliser le public.
Conclusion
L’opération Doppelgänger est bien une info : une vaste campagne de désinformation russe qui exploite le clonage de médias européens pour manipuler l’opinion. Mais l’intox réside dans l’idée que cette opération aurait totalement changé les opinions publiques : son impact reste limité par la vigilance des autorités, des journalistes et des citoyens. La lutte contre la désinformation est un défi permanent, et seule une coopération renforcée entre institutions, médias et internautes peut en réduire les effets.
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