
Le site d'enfouissement de déchets nucléaire de Cigeo vu de haut \ Photo : AFP\Archives \ Jean-Christophe VERHAEGEN
Le projet de stockage Cigéo vient de franchir une étape déterminante. L’avis technique rendu par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection confirme que les conditions de sûreté sont jugées satisfaisantes à ce stade. Cet avis marque un tournant important pour un programme prévu sur 150 ans, destiné à gérer les déchets nucléaires les plus dangereux produits en France.
Ce chantier, situé à Bure, entre maintenant dans une phase où expertise scientifique, concertation publique et arbitrages politiques se croisent.
Une validation décisive pour un chantier hors norme
L’avis du gendarme du nucléaire confirme que les fondations techniques du projet de stockage Cigéo répondent aux exigences de sûreté actuelles. Après trente mois d’expertise, l’ASNR estime que les conditions proposées sont satisfaisantes pour engager la suite du processus réglementaire.
Cette validation permet d’ouvrir la voie à l’enquête publique prévue au second semestre 2026. Elle constitue une étape majeure, mais ne représente en rien une autorisation définitive.
L’avis préliminaire ne constitue pas non plus un feu vert complet. L’ASNR souligne la nécessité d’apporter plusieurs compléments techniques dans les années à venir. Cette dynamique progressive marque toute la particularité d’un projet conçu pour s’étaler jusqu’en 2170.
Le projet Cigéo, lancé en 1991, reste l’un des plus ambitieux jamais menés dans le domaine nucléaire français. Il doit accueillir sous 500 mètres de profondeur des déchets de haute et moyenne activité à vie longue. Ces déchets resteront radioactifs pendant des dizaines de milliers d’années, ce qui impose une rigueur extrême dans la conception de l’installation.
Une planification sur 150 ans : un défi inédit
La planification du projet de stockage Cigéo s’étend sur 150 ans, ce qui constitue une première en France. La construction, l’exploitation progressive, les essais pilotes et la fermeture totale du site s’étaleront jusqu’en 2170.
Ce calendrier d’une durée exceptionnelle illustre la complexité d’un stockage conçu pour rester sûr pendant plusieurs centaines de milliers d’années.
L’autorisation officielle ne devrait intervenir qu’à partir de 2028, après la décision du gouvernement. Même si l’avis actuel est favorable, le processus comporte encore de nombreux jalons réglementaires.
Chaque étape donnera lieu à une analyse scientifique, à une consultation publique et à des démonstrations techniques supplémentaires.
Les premières descentes de colis radioactifs ne sont envisagées qu’à l’horizon 2050, dans le cadre d’une phase pilote. Cette phase permettra de vérifier la réversibilité du stockage, exigence inscrite dans la loi française, et de tester les conditions réelles d’exploitation.

Un stockage souterrain pour 83 000 m³ de déchets
Le site devrait accueillir environ 83 000 m³ de déchets nucléaires. La moitié de ces matières existe déjà. Les déchets seront conditionnés dans des conteneurs métalliques ou bitumés, puis placés dans des alvéoles souterraines.
Ces tunnels doivent les isoler durablement afin d’éviter toute dispersion dans l’environnement.
Deux types de déchets sont concernés :
Les déchets de haute activité, très radioactifs, produits notamment par le retraitement du combustible.
Les déchets de moyenne activité à vie longue, issus de nombreuses installations du cycle nucléaire.
La France a choisi un stockage dans une couche géologique argileuse vieille de 160 millions d’années. Cette formation naturelle est considérée comme particulièrement stable. Elle limite la circulation de l’eau et offre une protection durable contre la dispersion des éléments radioactifs.
Les points de vigilance soulevés par l’ASNR
Malgré un avis globalement favorable, plusieurs sujets restent sous surveillance.
L’ASNR identifie notamment :
La performance des ouvrages de scellement qui fermeront les galeries.
La vitesse de corrosion des conteneurs métalliques.
Le risque d’explosion dans certaines alvéoles.
Le risque d’incendie lié aux déchets bitumés, susceptibles de s’échauffer.
Ces éléments nécessiteront des études complémentaires. De nombreuses validations techniques interviendront au fil de l’avancement du chantier.
Plusieurs parlementaires ont exprimé leurs inquiétudes. Certains craignent un glissement vers un fait accompli, estimant que l’avis favorable arrive alors que plusieurs questions importantes restent ouvertes.
L’ASNR considère cependant que le processus progressif permet d’ajuster la démonstration de sûreté tout au long du projet.
Une décision finale attendue en 2028
Après l’enquête publique, la décision reviendra au gouvernement. Si l’autorisation est accordée, le site entrera dans une phase pilote. Cette phase sera essentielle pour valider en conditions réelles les choix techniques.
Elle permettra aussi d’assurer la réversibilité du stockage, principe qui garantit la possibilité de récupérer les déchets pendant une période donnée.
Le projet ne concerne que les déchets des installations autorisées jusqu’à 2016. Il n’inclut pas ceux des futurs réacteurs que le gouvernement souhaite construire.
Toute extension éventuelle devrait faire l’objet d’une nouvelle autorisation.
Un projet au cœur du débat public français
Le projet de stockage Cigéo suscite un débat intense depuis des décennies. De nombreux écologistes et associations locales contestent ce choix d’enfouissement. Ils craignent un manque de transparence, une technologie incertaine et un impact durable sur le territoire de Bure.
À l’inverse, les autorités et les ingénieurs spécialisés estiment que l’enfouissement profond constitue la solution la plus sûre pour gérer les déchets radioactifs les plus dangereux.
La France rejoint ainsi d’autres pays européens ayant opté pour un stockage géologique profond, comme la Suède et la Finlande, qui cependant utilisent un terrain granitique.
Le dialogue entre scientifiques, autorités, élus locaux et citoyens reste central. Les phases de consultation prévues en 2026 devraient raviver les débats et engager de nouveaux échanges publics.
Une vision sur plusieurs générations
Le stockage géologique impose une responsabilité intergénérationnelle. Les choix posés aujourd’hui engageront les générations futures pendant des dizaines de milliers d’années.
C’est l’un des enjeux les plus sensibles du projet.
La planification longue vise à garantir que chaque étape soit validée avant d’engager la suivante.
Ce rythme progressif permet d’intégrer les avancées scientifiques, les retours d’expérience et les évolutions réglementaires.
La gestion des déchets nucléaires figure parmi les défis majeurs pour les pays exploitant l’énergie atomique. Le projet de stockage Cigéo constitue une réponse structurée à cette problématique, tout en soulevant des débats légitimes et durables.
Conclusion
L’avis favorable de l’ASNR marque un tournant majeur dans la progression du projet de stockage Cigéo. Il confirme la robustesse de la conception actuelle, tout en soulignant la nécessité de compléter plusieurs points techniques dans les années à venir.
Ce projet s’inscrit dans une vision longue, pilotée par la rigueur scientifique, l’exigence de sûreté et un dialogue permanent avec la société.
Les années à venir seront décisives pour la future autorisation du site. Elles détermineront si la France peut engager durablement ce chantier unique, pensé pour protéger les générations futures contre des déchets parmi les plus dangereux produits par l’activité humaine.
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