
Révision de l’AME : entre politique et santé publique \ Photo : ChatGPT
Introduction
La révision de l’AME (Aide médicale d’État) est au cœur du débat politique français. Le gouvernement de François Bayrou a présenté deux projets de décrets visant à restreindre l’accès à certains soins pour les étrangers en situation irrégulière. Officiellement, il s’agit d’« ajustements » budgétaires et organisationnels. En réalité, cette réforme soulève de vives tensions entre la droite, qui la réclame de longue date, et la gauche, qui y voit une atteinte à la santé publique et aux valeurs républicaines.
Qu’est-ce que l’AME ?
Définition du dispositif
L’AME permet aux étrangers sans papiers vivant en France depuis au moins trois mois et disposant de faibles ressources d’accéder gratuitement à certains soins médicaux.
Objectif initial
Créé pour garantir un minimum d’accès à la santé, ce dispositif vise à éviter que des populations fragiles ne soient privées de soins essentiels. Il joue aussi un rôle en matière de santé publique, en limitant les risques sanitaires liés à l’absence de suivi médical.

La révision de l’AME en 2025 : ce qui change
Réduction des soins remboursés
Les décrets prévoient une diminution de la liste des soins couverts. Parmi les prestations qui pourraient être exclues figurent la balnéothérapie, certains actes de kinésithérapie, ou encore les soins prothétiques dentaires.
Accords préalables obligatoires
Des soins comme les lunettes, les audioprothèses et certaines prothèses dentaires ne seraient accessibles qu’après un accord préalable, retardant leur prise en charge.
Nouvelles conditions de ressources
Actuellement, seules les ressources des personnes à charge du demandeur sont évaluées. Avec la réforme, celles du conjoint ou concubin seraient également prises en compte, ce qui pourrait exclure davantage de bénéficiaires.
Les arguments du gouvernement
François Bayrou défend la révision de l’AME comme une mesure de « bon sens ». Selon lui, elle répond à une demande d’équité : les Français doivent faire des efforts budgétaires, et il estime normal que « tout le monde y soit associé ».
Le ministère de la Santé insiste sur le fait que le dispositif n’est pas supprimé. Il s’agit, selon ses mots, d’« ajustements conformes aux recommandations du rapport Evin-Stéfanini », publié en 2023. Ce rapport prônait un maintien global de l’AME, mais recommandait plusieurs restrictions.
Des critiques virulentes à gauche
Opposition politique
La gauche dénonce une réforme dictée par la pression du Rassemblement national. Olivier Faure (PS) parle de « clins d’œil à l’extrême droite ». Boris Vallaud (PS) dénonce « un scandale démocratique et une folie sanitaire ». Manon Aubry (LFI) accuse Bayrou de « répondre aux obsessions racistes du RN ».
Réactions syndicales et médicales
Dominique Corona (UNSA) affirme que le gouvernement « s’attaque aux immigrés » après avoir durci d’autres dispositifs sociaux. Le monde médical, de son côté, rappelle que l’AME représente seulement 0,5 % des dépenses de santé, soit 1,2 milliard d’euros en 2024, et que sa suppression pourrait coûter plus cher en soins d’urgence non anticipés.
Enjeux budgétaires et politiques
Un coût limité mais symbolique
Bien que son poids financier soit faible, l’AME cristallise les tensions car elle touche à la fois à la gestion des finances publiques et à la question migratoire, deux sujets sensibles en France.
Un contexte politique tendu
À quelques jours d’un vote de confiance, François Bayrou tente de sécuriser ses soutiens, notamment à droite. La réforme de l’AME pourrait être perçue comme une concession stratégique destinée à apaiser certains opposants.
AME et santé publique : un équilibre fragile
La révision de l’AME pose une question essentielle : faut-il réduire l’accès aux soins pour certaines populations au risque d’aggraver les inégalités sanitaires ?
Les médecins rappellent que priver des étrangers en situation irrégulière de soins préventifs entraîne souvent des complications graves nécessitant des hospitalisations coûteuses. À long terme, limiter l’AME pourrait donc générer des dépenses supérieures aux économies réalisées.
Perspectives
Si les décrets sont validés, l’AME entrerait dans une nouvelle ère : plus restrictive, plus sélective et plus contestée que jamais. Ce dossier symbolise la fracture entre deux visions : une approche sécuritaire et budgétaire prônée par la droite, et une défense de la santé publique et des valeurs humanistes soutenue par la gauche.
Conclusion
La révision de l’AME marque un tournant dans la politique de santé et d’immigration en France. Derrière une réforme budgétaire se cache un débat idéologique profond. D’un côté, le gouvernement et la droite plaident pour plus de rigueur et d’équité. De l’autre, la gauche et le monde médical alertent sur les risques pour la santé publique et la cohésion sociale.
L’avenir de l’AME dépendra des arbitrages politiques à venir, mais une chose est sûre : cette réforme ne laisse personne indifférent.
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