
Monique Barbut la Ministre de la Transition Écologique \ Photo : jp.headtopics.com
Un objectif ambitieux malgré la contrainte budgétaire
Alors que la France fait face à une conjoncture économique tendue, le gouvernement affiche une ambition claire : plus que doubler les investissements bas carbone d’ici 2030.
Cet engagement a été confirmé dans la deuxième Stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique et énergétique (Spafte), présentée ce lundi par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
« Si les investissements bas carbone ont dépassé les 110 milliards d’euros en 2024, nous devrons plus que les doubler d’ici 2030 », a déclaré la ministre.
L’objectif ? Accélérer la décarbonation des transports, des logements et du chauffage, tout en soutenant les entreprises et les particuliers dans leur transition vers des solutions plus durables.
Une France qui se serre la ceinture, mais qui mise sur le vert
Malgré un contexte budgétaire difficile marqué par des réductions de dépenses publiques et des débats parlementaires houleux, l’État souhaite maintenir le cap de la transition écologique.
Le rapport de la Spafte insiste sur la « mobilisation collective » nécessaire pour atteindre ces objectifs climatiques, estimant que l’effort ne peut venir uniquement de l’État.
En 2024, les investissements verts ont atteint 113 milliards d’euros, soit une légère baisse de 3 milliards par rapport à 2023. En revanche, les investissements carbonés, encore évalués à 96 milliards, doivent être divisés par deux d’ici 2030.
Ce recul temporaire des dépenses vertes inquiète les autorités, qui rappellent que la lutte contre le réchauffement climatique nécessite des moyens financiers massifs, stables et constants.
Le rôle clé du secteur privé dans la transition écologique
Le gouvernement rappelle que 80 % des investissements liés à la transition écologique proviennent du secteur privé.
Entreprises, ménages et institutions financières sont donc en première ligne pour soutenir la décarbonation de l’économie française.
Le rapport souligne que l’État doit concentrer son soutien sur les projets non rentables ou difficiles à financer, notamment ceux portés par des ménages modestes ou des PME.
C’est dans cette logique que s’inscrivent les dispositifs comme MaPrimeRénov’, les prêts à taux zéro pour la rénovation énergétique ou encore les bonus écologiques pour les véhicules électriques.
« Le soutien financier de l’État doit être priorisé vers les investissements perçus comme non rentables », précise le ministère de l’Économie.
Cette approche vise à créer un effet d’entraînement : plus les pouvoirs publics sécurisent les projets les plus risqués, plus les investisseurs privés se sentent confiants pour s’engager.
Les priorités de la France : électrification, rénovation et décarbonation
Accélérer l’électrification des transports
Le gouvernement mise sur la montée en puissance des voitures électriques et des bornes de recharge.
Objectif : 13 millions de véhicules électriques sur les routes françaises d’ici 2030.
Pour cela, un réseau de 400 000 bornes publiques doit être déployé dans tout le pays.
Rénovation énergétique des bâtiments
Le second pilier concerne la rénovation énergétique des logements, considérée comme le levier principal de réduction des émissions.
Près de 5 millions de logements mal isolés sont encore classés « passoires thermiques ».
L’État souhaite accélérer les travaux de rénovation globale plutôt que les simples gestes isolés, afin d’obtenir des gains énergétiques durables.
Décarbonation du chauffage et de l’industrie
Enfin, la décarbonation des systèmes de chauffage — via les pompes à chaleur, les réseaux de chaleur renouvelables et la biomasse — constitue un autre axe fort.
Dans l’industrie, l’accent sera mis sur la substitution des énergies fossiles et le développement de l’hydrogène bas carbone.
Un cadre budgétaire « exigeant » selon Bercy
Le ministère de l’Économie reconnaît que le contexte budgétaire reste particulièrement tendu.
Les débats parlementaires sur la répartition des dépenses publiques ont montré les tensions entre la nécessité de réduire le déficit et celle d’investir pour l’avenir.
Pour 2026, l’État et ses opérateurs prévoient 48,9 milliards d’euros consacrés directement à la transition écologique.
Cette somme, en hausse, témoigne de la volonté du gouvernement de maintenir un effort constant malgré la pression budgétaire.
« Ce n’est pas uniquement un enjeu budgétaire, mais aussi une question de mobilisation nationale », souligne le ministère.
Une stratégie alignée sur les objectifs climatiques européens
La Spafte s’inscrit dans une trajectoire alignée sur les engagements de la France au sein de l’Union européenne.
Pour respecter les objectifs de neutralité carbone fixés à 2050, la France doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990.
Cela implique des investissements colossaux dans tous les secteurs :
transport routier et aérien ;
rénovation des bâtiments ;
énergie renouvelable ;
agriculture bas carbone ;
technologies de capture et de stockage du carbone.
Les experts estiment que les besoins totaux d’investissement pour la décennie 2020-2030 dépassent les 600 milliards d’euros.
Le budget vert, un outil de pilotage stratégique
Introduit à l’automne 2024, le budget vert permet de classifier toutes les dépenses publiques selon leur impact environnemental.
Cet outil favorise une meilleure transparence et une orientation plus claire des politiques publiques.
La Spafte complète ce dispositif en traduisant les objectifs climatiques en trajectoires d’investissement chiffrées.
Elle sert ainsi de boussole pour guider les décisions économiques, en identifiant les domaines prioritaires pour l’État et le secteur privé.

Les défis à venir
Malgré la volonté politique affichée, plusieurs obstacles persistent.
Le ralentissement économique mondial, la hausse des taux d’intérêt et les tensions géopolitiques rendent plus complexe la mobilisation de capitaux privés.
De plus, les critiques pointent la lenteur administrative et la complexité des aides, qui freinent encore de nombreux projets locaux.
La réussite de la transition dépendra donc autant de la simplification des procédures que de l’ampleur des financements.
Une mobilisation nationale indispensable
Pour que la France atteigne ses objectifs climatiques, la coopération entre l’État, les collectivités, les entreprises et les citoyens sera déterminante.
Les collectivités locales, en particulier, jouent un rôle central dans la mise en œuvre des politiques publiques : rénovation des bâtiments publics, mobilités douces, gestion des déchets, etc.
Les citoyens sont également appelés à contribuer à cet effort collectif à travers des gestes individuels (sobriété énergétique, mobilité durable, consommation locale) et des choix d’investissement responsables.
Conclusion : investir aujourd’hui pour éviter de payer demain
Doubler les investissements bas carbone d’ici 2030 n’est pas seulement un pari économique, mais une nécessité environnementale.
Chaque euro investi aujourd’hui dans la transition écologique permettra d’éviter des coûts bien plus élevés demain, liés aux catastrophes climatiques, à la pollution ou à la dépendance énergétique.
Le gouvernement français le sait : malgré la crise budgétaire, la transition écologique n’est plus une option.
C’est un impératif stratégique, économique et moral.
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