
Crise Politique au Pérou \ Photo : www.dw.com
La crise politique au Pérou connaît un tournant dramatique en ce mois d’octobre 2025. Le Congrès a formellement destitué la présidente Dina Boluarte, la remplaçant par José Jerí comme président intérimaire. Cette instabilité se produit dans un contexte déjà tendu : violence croissante, mécontentement social, blocage institutionnel. Dans cet article, nous revenons sur les raisons, les acteurs, les enjeux et les perspectives d’évolution d’une crise profonde qui secoue le Pérou.
Contexte : antécédents d’instabilité
Depuis 2016, le Pérou traverse une crise institutionnelle récurrente. Plusieurs présidents ont été contraints de quitter le pouvoir prématurément, et le pays peine à stabiliser ses institutions.
Le gouvernement de Dina Boluarte, élue après la destitution de Pedro Castillo en décembre 2022, a été fragilisé par des scandales, des accusations de corruption et une très faible popularité.
Parallèlement, le Congrès a adopté des lois remettant en cause l’indépendance judiciaire et fragilisant les mécanismes anti-corruption.
Enfin, la montée de la violence — homicides, extorsions, criminalité organisée — a alimenté le sentiment d’urgence dans l’opinion publique.
Déclencheur : l’impeachment de Boluarte
Causes invoquées
Le Congrès a destitué Dina Boluarte le 10 octobre 2025 pour « incapacité morale permanente », une disposition de la Constitution péruvienne.
Cette procédure est motivée par plusieurs facteurs : l’incapacité perçue à juguler la violence croissante, des scandales financiers autour de la présidente, et une défiance populaire généralisée.
Notamment, une fusillade lors d’un concert à Lima a cristallisé l’indignation, illustrant le sentiment que l’État est incapable de garantir la sécurité.
Déroulé du vote
Le vote de destitution a été unanime parmi les législateurs présents : 124 voix pour, 0 contre.
Boluarte n’a pas assisté à l’audience prévue devant le Congrès. Son absence a été interprétée comme un renoncement à sa propre défense.
Le président du Congrès, José Jerí, a prêté serment peu après pour servir comme chef de l’État par intérim jusqu’à la fin du mandat en juillet 2026.
Portrait de José Jerí et ses défis
José Jerí, âgé de 38 ans, est un figure politique relativement peu connue avant ces événements.
Il a été élu président du Congrès avant de devenir président intérimaire.
Cependant, son arrivée ne garantit pas l’apaisement. Il est lui-même dans la mire de multiples enquêtes pour des allégations de corruption et de violences sexuelles, qu’il a niées.
Sa tâche est ardue : restaurer la confiance dans les institutions, gérer la violence et organiser des élections crédibles.
Mobilisations sociales et protestations
Le mouvement de la « Génération Z »
Depuis septembre 2025, des manifestations menées par des jeunes — souvent désignées comme le mouvement “Génération Z” — réclament le rejet de la réforme des retraites, la démission de Boluarte et la fermeture du Congrès.
Des heurts avec la police ont fait des blessés et des arrestations.
Grève régionale à Cajamarca
Dans la région de Cajamarca, un mouvement de grève a été déclenché le 6 octobre pour dénoncer l’abandon des infrastructures, l’insécurité et l’exploitation minière illégale.
L’un des objectifs de cette grève était d’accélérer la destitution de Boluarte.
Après la destitution, les protestataires ont levé le mouvement, mais des blocages subsistent dans certaines zones.
Enjeux majeurs de la crise
Sécurité publique
La montée spectaculaire de la criminalité est au cœur de la crise. En 2025, le nombre d’homicides et d’extorsions a explosé.
Face à la faiblesse des forces de l’ordre, le gouvernement avait déjà décrété l’état d’urgence dans Lima et déployé l’armée.
Mais ces mesures d’exception sont critiquées comme inefficaces et attentatoires aux libertés.
Corruption et légitimité institutionnelle
La corruption est un problème chronique au Pérou : de nombreux anciens présidents sont poursuivis pour malversations.
Boluarte elle-même était sous enquête pour des cadeaux luxueux reçus et des contributions illégales de campagne.
La peur d’une capture de l’État par des groupes d’intérêts altère gravement la confiance citoyenne.
Crise de gouvernance et fragilité du système
La pratique des destitutions présidentielles pour « incapacité morale » est devenue un outil politique utilisable dans des contextes de conflit de pouvoir.
Les gouvernements successifs n’ont pas réussi à bâtir des coalitions stables avec le Congrès.
L’économie, bien que relativement solide (réserves, secteur minier), souffre d’incertitude, freinant les investissements à long terme.

Scénarios possibles et défis à venir
Elections anticipées ou respect du calendrier
Des élections générales sont déjà prévues pour avril 2026 (président, congrès, sénat).
Certains partis pressaient déjà pour avancer ces élections dans le contexte de la crise.
Jerí devra garantir un processus équitable pour légitimer le renouvellement du pouvoir.
Réformes institutionnelles
Pour freiner l’instabilité, le pays a besoin de réformes constitutionnelles : revoir le mécanisme de destitution, renforcer l’indépendance judiciaire, limiter les abus de pouvoirs du Congrès.
Mais ces réformes exigent un consensus politique très difficile à établir dans ce climat de méfiance.
Rétablissement de la sécurité
Sur le plan sécuritaire, il faudra une stratégie durable : réforme policière, lutte contre les mafias, contrôle des zones minières illégales.
L’enjeu est aussi de restaurer l’autorité de l’État dans les régions rurales et périphériques, souvent laissées à l’écart.
Risque de radicalisation et fragmentation sociale
Si le nouveau pouvoir tarde à agir, les protestations peuvent s’intensifier ou se radicaliser.
Certains groupes réclament déjà la « fermeture du Congrès » ou la destitution de Jerí.
Une fracture sociale entre zones urbaines et rurales pourrait s’aggraver, notamment dans les communautés autochtones.
Conclusion
Oui, le Pérou vit actuellement une crise politique majeure. La destitution de Dina Boluarte marque une rupture, mais le défi pour José Jerí — et pour le pays — est immense. Restituer la sécurité, restaurer la confiance institutionnelle et conduire des élections crédibles seront les pierres d’achoppement des mois à venir. Sans réformes profondes, le cycle d’instabilité risque de se répéter.
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