
Jordan Bardella et Marine Le Pen \Photo : © Philippe Bourguet\bePress Agency\bppa\ABACAPRESS.COM
La position du RN sur la taxe Zucman marque un tournant clair dans le paysage fiscal français. Le projet de taxe sur les ultra-riches, inspiré par l’économiste Gabriel Zucman, cristallise un débat majeur. Dès le départ, l’idée d’un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros s’est imposée comme un symbole de la justice fiscale.
Or, le Rassemblement national (RN) a opéré un revirement : après s’être abstenu en février 2025, le parti a officiellement annoncé qu’il voterait contre toute version de la taxe. Cette évolution stratégique vise à rassurer les milieux économiques.
Dans cet article, nous examinons ce que représente l’impulsion initiale de la taxe Zucman, le cheminement du RN et les conséquences de ce changement pour la politique fiscale et budgétaire française.
Qu’est-ce que la taxe Zucman ?
Origine et fondement
La loi dite « taxe Zucman » trouve son nom dans les travaux de l’économiste Gabriel Zucman. Il propose un impôt plancher sur les très hauts patrimoines. Le principe : imposer à minima 2 % de la valeur patrimoniale pour les foyers dépassant 100 millions d’euros. L’objectif affiché est double : renforcer l’égalité devant l’impôt et générer de nouvelles recettes pour l’État.
Modalités techniques
Seuil : patrimoine net supérieur à 100 millions €.
Taux plancher : environ 2 % du patrimoine.
Nombre de foyers concernés : environ 1 800 en France.
Différences avec les précédents impôts : contrairement à l’ISF ou à l’IFI, la taxe Zucman viserait l’ensemble du patrimoine (immobilier, actions, holdings, etc.).
Enjeux budgétaires et critiques
Les partisans avancent un rendement de 15 à 25 milliards d’euros par an.
Mais les économistes restent prudents : certaines études évoquent plutôt 5 milliards d’euros en recettes nettes, compte tenu du risque d’exil fiscal et d’optimisation patrimoniale.
Le débat porte donc sur la faisabilité, l’équité et l’impact économique de cette mesure.
Le cheminement parlementaire de la taxe Zucman
Adoption à l’Assemblée nationale
Le 20 février 2025, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi instaurant la taxe Zucman. Cette adoption a été portée par les groupes de gauche et écologistes.
Rejet au Sénat
Le texte a été rejeté au Sénat le 12 juin 2025, par 188 voix contre 129. Le Sénat jugeait la mesure « probablement inconstitutionnelle » et mettait en avant les risques pour les entreprises.
Reprise dans le cadre du budget 2026
La mesure a refait surface à l’automne 2025 dans le débat du budget 2026. Le gouvernement étudie une version « allégée » de la taxe ou un impôt minimal différentiel.
Mais l’opposition politique reste structurée et le dispositif est loin d’être adopté.
La position originelle du RN
Abstention en février 2025
Lors de l’adoption par l’Assemblée, le RN s’était abstenu.
Cette abstention, jugée stratégique, laissait une marge de manœuvre.
Raisons de l’abstention
Le RN justifiait cette position en brandissant la protection des classes populaires et des petites entreprises.
Il ne s’agissait pas d’un soutien actif à la taxe, mais d’un « non-engagement négatif » pour évaluer la réaction de son électorat.
Le revirement du RN sur la taxe Zucman
Opposition ferme annoncée
Plus récemment, le RN a annoncé qu’il voterait contre toute version de la taxe Zucman.
La présidente du parti, Marine Le Pen, a déclaré : « La taxe Zucman, c’est non, ni light, ni hard, ni rien du tout. »
Motivations stratégiques
Ce revirement a plusieurs ressorts :
Rassurer le patronat et les milieux économiques sur la stabilité fiscale.
Éviter l’image d’un parti uniquement tourné vers l’augmentation d’impôts pour les plus riches.
Se repositionner vers un discours plus libéral-économique, en phase avec certaines attentes du monde des entreprises.
Tensions internes et équilibres électoraux
Alors que le RN tente de séduire à la fois les classes populaires et les entrepreneurs, sa nouvelle ligne illustre les ambitions de « respectabilité ». Un glissement vers un discours économique moins étatiste se fait sentir, comme le souligne la presse nationale.
Cette évolution crée des tensions avec le discours traditionnel de justice sociale du parti.
Les implications politiques et économiques
Pour la justice fiscale
Le rejet du dispositif par le RN affaiblit la coalition favorable à une mise en œuvre de la taxe Zucman.
Cela rend moins probable l’adoption d’un impôt massif sur les ultra-riches à court terme.
Pour les milieux économiques et l’investissement
L’opposition du RN se veut rassurante pour les entreprises. Le message est clair : pas de nouvelle taxe lourde sur les patrimoines.
Cela peut renforcer la confiance des investisseurs, mais ce choix suscite aussi des critiques de cohérence pour un parti qui se disait défenseur des « petites gens ».
Pour le débat budgétaire 2026
L’État fait face à un déficit structurel important. Certains voyaient dans la taxe Zucman une réponse symbolique.
Avec le RN contre, l’option reste ouverte mais largement incertaine. Le rendement effectif attendu a également été revu à la baisse : plutôt 5 milliards que 20.
La manœuvre budgétaire du gouvernement devra donc chercher d’autres leviers.
Pour l’image électorale du RN
Ce repositionnement montre une volonté de transition du RN vers un parti pouvant gouverner.
Mais cette évolution pourrait inquiéter une partie de sa base électorale populaire, fidèle à l’idée d’une forte fiscalité sur les plus riches.
Perspectives à suivre
Une rentrée parlementaire stratégique
Le sujet reviendra dans le cadre du projet de loi de finances 2026. Des amendements ou nouveaux dispositifs « light » pourraient émerger.
Le RN aura un rôle de blocage ou de négociation.
Le rôle des autres partis
La gauche, en particulier le Parti socialiste et les écologistes, font de la taxe Zucman un étendard.
La droite traditionnelle et le centre s’opposent aussi à la version initiale.
Risques et incertitudes
Le risque d’exil fiscal des ultra-riches reste évoqué comme frein majeur.
La complexité de valoriser les patrimoines professionnels ou non cotés soulève des doutes.
La constitutionnalité d’une telle taxe n’est pas assurée.

Conclusion
La position du RN sur la taxe Zucman illustre un virage stratégique. Alors que le projet d’une taxe d’au moins 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros s’imposait comme une mesure phare pour la justice fiscale, le RN choisit la rupture plutôt que l’abstention. Ce changement vise à rassurer les milieux économiques, mais pose la question de la cohérence du parti sur sa ligne sociale-économique.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement et du Parlement : la poursuite du dispositif dépendra de l’équilibre politique, des résultats électoraux à venir, et surtout de la capacité à faire converger équité fiscale et stabilité économique.
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