
Une rentrée sous tension pour Renaissance
Le parti présidentiel Renaissance et Gabriel Attal tiennent leur rentrée politique à Arras, du 19 au 21 septembre. L’événement se déroule dans un contexte particulièrement délicat. Dans le Pas-de-Calais, fief choisi pour ce rassemblement, le Rassemblement national a remporté 10 circonscriptions sur 12 lors des législatives anticipées de 2024.
Le choix du lieu illustre la volonté du président du parti d’afficher une posture combative, mais la réalité politique pèse lourd. Renaissance n’y dispose que d’une élue : Pauline Levasseur, suppléante de la ministre Agnès Pannier-Runacher.
Gabriel Attal tente pourtant de donner un nouveau souffle à sa formation. Il se présente comme un « homme libre », évoque un possible changement de nom du parti et lance un débat interne sur des sujets de société comme la GPA. L’objectif affiché : transformer une machine initialement conçue pour soutenir Emmanuel Macron en un parti autonome, capable de peser à long terme.
L’ombre d’Emmanuel Macron et la crise institutionnelle
Depuis la dissolution de l’Assemblée, c’est Sébastien Lecornu qui occupe le devant de la scène en tant que Premier ministre. Sa mission : stabiliser un paysage politique fragmenté et trouver une majorité pour faire adopter un budget avant la fin de l’année.
Dans ce contexte, Renaissance et Gabriel Attal peinent à exister médiatiquement. L’idée d’un « négociateur » pour reconstruire une majorité, promue par Attal, a été rapidement écartée par Emmanuel Macron. Le chef de l’État a préféré nommer Lecornu, son proche allié, pour piloter le gouvernement.
Même la tournée européenne du président de Renaissance, incluant une rencontre avec Volodymyr Zelensky à Kiev, est passée presque inaperçue. Résultat : le parti présidentiel semble réduit au silence, contraint de faire profil bas pour ne pas fragiliser davantage l’équilibre fragile à l’Assemblée.
Une défaite idéologique sur la justice fiscale
La rentrée politique de Renaissance et Gabriel Attal est aussi marquée par une remise en cause de son identité idéologique. L’exemple le plus parlant concerne la taxe Zucman, un impôt plancher visant les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros.
Officiellement, Renaissance continue de s’y opposer. Mais dans les faits, le sujet gagne du terrain jusque dans les rangs macronistes. Ce glissement est significatif, car il remet en cause l’un des piliers historiques du parti : une orientation pro-business, attachée à la protection des grandes fortunes au nom de l’attractivité économique.
Un sondage Ifop commandé par le Parti socialiste montre que 92 % des sympathisants de Renaissance se disent favorables à cette taxe. Une tendance révélatrice d’un décalage croissant entre les dogmes du parti et les attentes de sa base électorale.
Des difficultés électorales locales
Au-delà des idées, Renaissance et Gabriel Attal affrontent une autre épreuve : l’enracinement électoral. Le parti reste fragile sur le terrain, incapable de s’imposer lors de scrutins locaux.
À Paris, la 2e circonscription, détenue par Renaissance depuis 2017, a basculé après la candidature imposée de Michel Barnier par Les Républicains. À quelques mois des municipales, le parti n’a toujours pas tranché sur sa stratégie, oscillant entre un accord avec Rachida Dati ou un soutien au candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel.
La situation n’est guère plus favorable à Lyon, où Renaissance se retrouve dans le sillage de Jean-Michel Aulas, ni à Marseille, où la candidate LR Martine Vassal bénéficie du soutien tacite du parti présidentiel. Même constat à Bordeaux, où l’incertitude règne.
Cette incapacité à s’implanter localement alimente les craintes d’un effacement progressif. Une cadre du parti reconnaît d’ailleurs : « Nous sommes absents à Paris, on ne sait pas ce qu’on fait à Lyon, et à Bordeaux, rien n’est réglé ».
Sébastien Lecornu au centre du jeu
La présence de Sébastien Lecornu à Arras symbolise le paradoxe de cette rentrée. Bien qu’il soit issu de Renaissance, il incarne désormais l’autorité gouvernementale, éloignant encore davantage Gabriel Attal des leviers du pouvoir.
Le Premier ministre a d’ailleurs acté l’abandon du Service national universel (SNU), une des mesures emblématiques d’Attal lorsqu’il était à Matignon. Ce choix illustre la volonté de tourner la page et d’adapter la ligne gouvernementale aux nouvelles contraintes politiques.

Entre politique et divertissement
Malgré cette atmosphère tendue, Gabriel Attal cherche à insuffler une dose de convivialité. Pour clôturer cette rentrée politique, il a prévu une soirée karaoké, avec au programme des classiques français, dont Michel Sardou. Une manière de rappeler que, même dans les temps difficiles, la politique peut s’accompagner de légèreté.
Conclusion
Cette rentrée met en lumière les fragilités de Renaissance et Gabriel Attal. Entre crise institutionnelle, reculs idéologiques et faiblesse électorale, le parti présidentiel semble plus que jamais en quête d’une identité claire et d’un rôle durable sur la scène politique française.
L’avenir du mouvement dépendra de sa capacité à dépasser son statut d’héritage macroniste et à s’imposer comme une force autonome. Mais en attendant, la rentrée 2025 restera celle d’un parti affaibli, contraint à l’effacement et à la prudence.
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