
Illustration d'un moustique attiré par du DEET Photo : ChatGPT
Chaque été, les sprays anti-moustiques retrouvent une place centrale dans les pharmacies et les valises. Pourtant, une étude publiée en mai 2026 bouleverse une idée bien établie. Dans certaines conditions expérimentales, le DEET attire les moustiques qui l’ont auparavant associé à un repas.
Ce résultat ne signifie pas que tous les répulsifs produisent l’effet inverse de celui recherché. Il ne prouve pas davantage que le DEET serait devenu inutile. L’expérience porte sur une espèce précise, dans un laboratoire et après un apprentissage répété.
Les chercheurs ont toutefois démontré une capacité étonnante. Des moustiques peuvent modifier leur réaction face à une odeur normalement désagréable. Cette découverte éclaire leur comportement et pourrait améliorer les futures stratégies de protection.
Le DEET attire les moustiques après un apprentissage précis
L’étude a été menée par des chercheurs de l’Université de Tours et de Virginia Tech. Elle a été publiée dans le Journal of Experimental Biology. Son titre évoque un basculement de la valeur du DEET, d’un signal répulsif vers un signal appétitif.
Le DEET, ou N,N-diéthyl-m-toluamide, entre dans la composition de nombreux répulsifs cutanés. Il est utilisé depuis plusieurs décennies contre différents insectes piqueurs. Il reste l’une des substances de référence pour prévenir les piqûres de moustiques.
Les scientifiques ont étudié des femelles de l’espèce Aedes aegypti. Ce moustique peut transmettre la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune ou le virus Zika. Il est apparenté au moustique tigre Aedes albopictus, mais il s’agit bien d’une autre espèce.
L’objectif consistait à déterminer si la réaction au répulsif restait fixe. Les chercheurs voulaient notamment savoir si l’expérience pouvait transformer une odeur évitée en signal associé à une récompense.
Un conditionnement comparable au réflexe de Pavlov
L’équipe a d’abord placé les moustiques derrière une fine maille. Une poche de sang chaud se trouvait à proximité, mais hors de portée. Les insectes manifestaient alors leur intérêt par des tentatives de piqûre à travers le tissu.
Les scientifiques ont nommé ce comportement « biting attempt response », soit une réaction de tentative de morsure ou de piqûre. Ce marqueur permettait de mesurer l’attirance sans se limiter à l’observation du vol.
Pendant l’entraînement, les moustiques pouvaient se nourrir de sang chaud durant 20 secondes. L’odeur du DEET était diffusée pendant les dix dernières secondes du repas. Cette séquence a été répétée quatre fois.
Lors du cinquième passage, les chercheurs ont présenté le DEET seul. Il n’y avait alors ni sang ni autre nourriture. Pourtant, plus de 60 % des moustiques entraînés ont tenté de piquer, selon le compte rendu publié par le journal scientifique.
Le DEET était donc devenu un indice annonçant un repas. Le mécanisme rappelle le conditionnement de Pavlov. Un signal initialement neutre ou désagréable acquiert une nouvelle signification après plusieurs associations avec une récompense.
Une expérience reproduite avec du sucre
Les chercheurs ont également associé le DEET à une solution sucrée. Cette étape permettait de vérifier si l’apprentissage dépendait uniquement du sang. Le sucre constitue aussi une source d’énergie pour les moustiques.
Après le conditionnement, les femelles ont réagi au DEET présenté sans nourriture. L’odeur semblait de nouveau déclencher un comportement appétitif. La capacité d’apprentissage ne se limitait donc pas à la recherche d’un hôte vertébré.
L’article scientifique original conclut que l’expérience peut inverser la valeur attribuée au DEET. L’aversion innée laisse alors place à une réponse apprise.
Cette modification ne transforme pas chimiquement le produit. Elle intervient dans la manière dont l’insecte interprète son odeur. Le répulsif devient un indice alimentaire lorsqu’il accompagne plusieurs repas.
Les moustiques entraînés ont approché une main traitée
Une autre expérience s’est rapprochée d’une situation humaine. Les moustiques pouvaient choisir entre deux mains. L’une avait été exposée au DEET, tandis que l’autre ne l’avait pas été.
Les insectes non entraînés évitaient normalement la main traitée. Ceux qui avaient associé le DEET au sang adoptaient un comportement différent. Ils tentaient aussi d’atteindre la peau portant l’odeur du répulsif.
Ce résultat confirme la réalité de l’apprentissage dans le cadre expérimental. Il ne démontre cependant pas qu’un spray fraîchement appliqué attire spontanément tous les moustiques. Le conditionnement préalable joue un rôle déterminant.
La concentration constitue aussi un élément essentiel. Une quantité suffisante de substance active conserve un pouvoir répulsif. Le scénario préoccupant concernerait plutôt un produit devenu trop faible pour éloigner l’insecte, mais encore perceptible.
Le risque pourrait apparaître lorsque la protection diminue
Après plusieurs heures, une partie du produit appliqué sur la peau s’évapore ou disparaît. La transpiration, les frottements et l’eau peuvent aussi réduire sa présence. La durée exacte dépend de la formulation et des conditions d’utilisation.
Un moustique pourrait alors parvenir à piquer malgré une odeur résiduelle de DEET. S’il répète cette expérience, il pourrait progressivement relier cette odeur à un repas. Cette interprétation reste une hypothèse tirée des résultats du laboratoire.
Elle souligne surtout l’intérêt de respecter les instructions du fabricant. Une application trop faible ou trop espacée peut raccourcir la période de protection. Il faut suivre la durée annoncée sur l’étiquette, sans multiplier arbitrairement les pulvérisations.
Le professeur Claudio Lazzari, coauteur de l’étude, continue d’ailleurs de présenter le DEET comme une substance de référence. Les chercheurs n’appellent pas à abandonner les répulsifs. Ils cherchent à comprendre les limites possibles de leur efficacité.
L’étude ne prouve pas que tous les répulsifs attirent les moustiques
Le titre de l’étude peut facilement conduire à une généralisation excessive. Les scientifiques n’ont pas testé tous les sprays disponibles. Ils ont étudié le DEET et un protocole d’apprentissage défini.
Un répulsif ne devient donc pas automatiquement attractif après son application. L’effet observé exige plusieurs associations entre l’odeur et une récompense alimentaire. Il concerne des moustiques déjà exposés dans les conditions du test.
L’expérience s’est également déroulée dans un environnement contrôlé. Dans la nature, les moustiques rencontrent de nombreux signaux simultanés. La chaleur corporelle, le dioxyde de carbone et les odeurs de la peau influencent leur orientation.
Le vent, l’humidité et la végétation modifient aussi la dispersion des molécules. Ces variables peuvent renforcer, masquer ou perturber un apprentissage olfactif. Les résultats devront donc être confirmés hors du laboratoire.
Une seule espèce a été directement étudiée
Les essais portent sur Aedes aegypti. Cette espèce est très présente dans plusieurs régions tropicales et subtropicales. Elle constitue un vecteur majeur de maladies virales.
On ne peut pas transférer automatiquement ces conclusions à toutes les espèces. Les moustiques communs du genre Culex, les anophèles et le moustique tigre présentent des comportements distincts. Leur sensibilité aux substances actives peut également varier.
Des travaux supplémentaires devront déterminer si Aedes albopictus apprend de la même manière. Cette question intéresse particulièrement la France, où le moustique tigre s’est largement implanté.
Les scientifiques devront aussi mesurer la durée de la mémoire acquise. Une association temporaire n’aurait pas les mêmes conséquences qu’un apprentissage conservé plusieurs jours. L’influence de l’âge et des repas précédents reste également à préciser.
Pourquoi le DEET reste utilisé contre les moustiques
Le DEET éloigne les insectes sans nécessairement les tuer. Son mode d’action fait encore l’objet de recherches. Il perturbe notamment la manière dont le moustique traite certains signaux chimiques.
L’étude apporte une nuance supplémentaire. Le comportement d’évitement ne dépendrait pas seulement d’une réaction rigide. Le cerveau de l’insecte peut réinterpréter l’information selon son expérience.
Cette plasticité comportementale ne supprime pas l’efficacité immédiate d’une dose adaptée. Lors des premières expositions, les moustiques évitent le DEET. Les insectes étudiés repoussaient d’ailleurs un repas lorsque la substance était présente avant leur entraînement.
L’Organisation mondiale de la santé cite toujours le DEET parmi les substances utilisées pour prévenir les piqûres. Elle mentionne également l’IR3535 et l’icaridine, aussi appelée picaridine ou KBR3023.
L’icaridine et l’IR3535 offrent d’autres possibilités
Tous les sprays anti-moustiques ne contiennent pas du DEET. Certains reposent sur l’icaridine. D’autres utilisent l’IR3535 ou différentes substances autorisées selon leur formulation.
Le choix dépend du lieu, de l’âge et du niveau d’exposition. La durée de protection varie avec la concentration. Les précautions ne sont pas identiques pour chaque produit.
Une étiquette doit préciser la substance active et son dosage. Elle indique aussi les conditions d’application, les limites d’âge et le nombre maximal d’utilisations. Ces informations priment sur les conseils généraux.
L’étude de 2026 ne permet pas d’affirmer que l’icaridine ou l’IR3535 provoquent le même apprentissage. Ces molécules n’ont pas été évaluées dans ce protocole. Leur comportement ne peut donc pas être déduit de celui du DEET.
Comment utiliser correctement un spray anti-moustique
Le répulsif doit couvrir les zones de peau exposées, conformément à sa notice. Il ne faut pas le pulvériser directement vers le visage. Le produit peut d’abord être appliqué sur les mains, puis réparti avec précaution.
Les yeux, la bouche et les muqueuses doivent rester protégés. Une peau irritée, blessée ou récemment rasée peut réagir davantage. Les mains des jeunes enfants ne doivent pas être traitées sans vérifier les recommandations.
Après le retour à l’intérieur, la peau peut être lavée. Les vêtements traités doivent aussi respecter les consignes du fabricant. Le DEET peut détériorer certaines matières plastiques ou certains revêtements.
Lorsque crème solaire et répulsif sont nécessaires, l’OMS recommande d’appliquer d’abord la protection solaire. Le répulsif vient ensuite. Les deux produits doivent conserver leur fréquence d’utilisation propre.
Réappliquer au bon moment sans dépasser la notice
La découverte sur l’apprentissage des moustiques renforce l’attention portée à la durée d’action. Un produit presque dissipé peut ne plus assurer une barrière suffisante. Il faut néanmoins éviter les applications excessives.
La fréquence dépend de la concentration, de la formulation et de l’exposition. La baignade ou une forte transpiration peuvent raccourcir la protection. Une application après ces situations doit rester conforme à l’étiquette.
Pour les enfants, les femmes enceintes ou les personnes sensibles, un conseil professionnel peut être utile. Un pharmacien peut vérifier la compatibilité du produit avec l’âge et les circonstances.
Dans une zone touchée par une maladie vectorielle, la protection ne doit pas reposer sur une seule mesure. Le spray complète les vêtements, les moustiquaires et la suppression des lieux de ponte.

La moustiquaire reste une barrière particulièrement fiable
Une moustiquaire oppose un obstacle physique entre l’insecte et la personne. Son efficacité ne dépend pas d’une odeur. Elle n’est donc pas concernée par le phénomène d’apprentissage observé avec le DEET.
Elle peut être installée autour d’un lit, sur une fenêtre ou devant une porte. Les mailles doivent rester intactes et correctement fixées. Une ouverture suffit à réduire fortement la protection.
La moustiquaire de lit protège surtout pendant le sommeil. Pour le moustique tigre, actif durant la journée, les équipements posés aux ouvertures présentent aussi un intérêt. Ils limitent l’entrée des insectes dans le logement.
L’Organisation mondiale de la santé associe les répulsifs aux vêtements couvrants, aux moustiquaires et aux écrans installés sur les ouvertures. Elle recommande aussi d’éliminer les récipients retenant de l’eau.
Les vêtements couvrants réduisent les zones accessibles
Des vêtements amples et longs limitent la surface de peau disponible. Les chaussettes protègent notamment les chevilles, souvent visées par les moustiques. Les tissus très fins ou plaqués contre la peau offrent une barrière moins fiable.
Cette solution ne remplace pas toujours le répulsif. Elle réduit cependant la quantité de peau à traiter. Elle devient particulièrement utile dans les jardins, les zones humides et les espaces très infestés.
Un ventilateur peut aussi gêner l’approche des moustiques sur une terrasse. Le déplacement d’air perturbe leur vol et disperse les signaux corporels. Son effet reste local et dépend de la puissance utilisée.
À l’inverse, les bracelets, appareils à ultrasons et nombreuses solutions dites naturelles ne disposent pas tous du même niveau de preuve. Leur présence ne doit pas créer un faux sentiment de sécurité.
Supprimer l’eau stagnante agit avant l’apparition des adultes
La protection individuelle réduit les piqûres, mais elle ne supprime pas les lieux de reproduction. Les moustiques du genre Aedes pondent dans de petits contenants. Une faible quantité d’eau peut suffire au développement des larves.
Les soucoupes de pots, seaux, jouets, bâches et récipients oubliés doivent être surveillés. Les récupérateurs d’eau doivent rester fermés ou protégés par une moustiquaire adaptée.
Les gouttières obstruées et certains pieds de parasols peuvent aussi retenir l’eau. Un contrôle régulier permet de limiter les gîtes larvaires autour du logement. Cette action doit être répétée, surtout après les pluies.
Les pneus stockés dehors constituent également des réservoirs favorables. Leur forme maintient l’eau à l’abri de l’évaporation. Ils doivent être vidés, couverts ou entreposés dans un espace sec.
Conclusion
L’affirmation selon laquelle le DEET attire les moustiques repose sur un phénomène réel, mais très encadré. Des femelles Aedes aegypti ont appris à associer son odeur au sang ou au sucre après plusieurs entraînements.
Cette découverte ne démontre pas qu’un spray correctement appliqué attire immédiatement les insectes. Elle ne concerne ni toutes les espèces ni toutes les substances répulsives. Les conditions naturelles restent encore à étudier.
Le DEET conserve donc sa place parmi les moyens reconnus de protection. Son utilisation doit suivre précisément l’étiquette, notamment pour la dose et le renouvellement. L’icaridine et l’IR3535 peuvent aussi entrer dans la composition de produits adaptés.
La meilleure stratégie combine plusieurs barrières. Répulsif, moustiquaire, vêtements couvrants et suppression de l’eau stagnante agissent à des étapes différentes. Cette approche réduit à la fois les piqûres et la présence des moustiques autour du domicile.
Le DEET attire-t-il réellement les moustiques ?
Des moustiques Aedes aegypti ont été attirés par son odeur après l’avoir associée plusieurs fois à un repas. Ce résultat a été obtenu en laboratoire. Il ne signifie pas qu’une application normale attire spontanément tous les moustiques.
Faut-il arrêter d’utiliser les répulsifs contenant du DEET ?
Non. Les auteurs de l’étude considèrent toujours le DEET comme un répulsif de référence. Il faut l’utiliser selon sa notice et renouveler l’application au moment prévu.
Quels répulsifs ne contiennent pas de DEET ?
Certaines formulations utilisent l’icaridine ou l’IR3535. Leur durée d’action et leurs précautions varient selon la concentration. L’étude sur l’apprentissage des moustiques ne permet pas de leur attribuer le même effet.
Quelle est la protection la plus fiable contre les moustiques ?
La moustiquaire forme une barrière physique durable lorsqu’elle est intacte et bien installée. Elle peut être complétée par un répulsif adapté, des vêtements couvrants et la suppression des eaux stagnantes.
L’étude concerne-t-elle le moustique tigre présent en France ?
Elle porte sur Aedes aegypti, et non sur Aedes albopictus, le moustique tigre. Les deux espèces sont apparentées, mais des recherches spécifiques sont nécessaires avant d’étendre les conclusions.
À propos de l'auteur
En savoir plus sur News Wall.news
Subscribe to get the latest posts sent to your email.











