
Deux personnes utilisant un parapluie pour se protéger du soleil lors d'un épisode de canicule le 26 juin 2019 à Paris Photo : Kenzo TRIBOUILLARD AFP
Les épisodes de chaleur extrême se multiplient en France. Face à cette situation, la Confédération générale du travail (CGT) demande une évolution des règles encadrant le travail lors des canicules. Le syndicat souhaite la création d’un chômage partiel intempéries canicule applicable à l’ensemble des secteurs d’activité.
Cette demande intervient alors que plusieurs départements connaissent des températures exceptionnelles. Les risques pour la santé des travailleurs augmentent fortement lorsque le mercure dépasse certains niveaux, notamment pour les salariés exerçant en extérieur ou dans des bâtiments mal ventilés.
La CGT demande des mesures immédiates
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, estime que les dispositifs actuels ne répondent pas suffisamment à la réalité du terrain. Elle accuse le gouvernement de ne pas prendre pleinement la mesure de la situation.
Le syndicat réclame notamment la publication systématique d’arrêtés préfectoraux dans les départements placés en vigilance rouge par Météo-France. Selon la CGT, ces arrêtés permettraient d’interdire les chantiers durant les heures les plus chaudes de la journée.
L’organisation souhaite également qu’un droit de retrait puisse être exercé plus facilement lorsque les températures deviennent incompatibles avec des conditions de travail normales.
Un cadre juridique encore limité
Aujourd’hui, le Code du travail ne fixe aucun seuil de température imposant automatiquement l’arrêt d’une activité professionnelle.
En revanche, un décret entré en vigueur en 2025 a renforcé les obligations des employeurs. Celui-ci prévoit une gradation des mesures de prévention selon les niveaux de vigilance diffusés par Météo-France.
Les entreprises doivent notamment :
Adapter l’organisation du travail
Les employeurs peuvent modifier les horaires afin d’éviter les périodes les plus chaudes. Certaines tâches peuvent être reportées ou réorganisées lorsque cela reste possible.
L’objectif consiste à réduire l’exposition directe des salariés aux fortes chaleurs.

Garantir des conditions de travail plus sûres
Le décret prévoit également plusieurs mesures destinées à protéger les travailleurs :
- mise à disposition d’eau potable en quantité suffisante ;
- accès à des espaces permettant de se rafraîchir ;
- limitation des efforts physiques ;
- pauses supplémentaires lorsque les conditions l’exigent ;
- information des salariés sur les risques liés à la chaleur.
Pour la CGT, ces obligations demeurent cependant insuffisamment appliquées sur le terrain.
La responsabilité des employeurs mise en avant
Selon Sophie Binet, la première responsabilité revient aux employeurs. Le syndicat estime que certaines entreprises continuent à maintenir une activité normale malgré des températures particulièrement élevées.
La CGT considère que les salariés ne devraient pas avoir à choisir entre leur santé et leur rémunération.
L’instauration d’un chômage partiel intempéries canicule permettrait, selon elle, de suspendre temporairement certaines activités sans pénaliser financièrement les travailleurs.
Des risques sanitaires bien documentés
Les conséquences de la chaleur sur la santé au travail sont désormais largement étudiées.
Une exposition prolongée peut provoquer une déshydratation, une baisse de vigilance, des malaises ou encore des coups de chaleur. Ces situations augmentent également le risque d’accidents professionnels.
Selon l’Organisation internationale du travail, près de 18 970 décès liés au travail seraient provoqués chaque année dans le monde par l’exposition à la chaleur.
En France, Santé publique France indiquait qu’en 2025, neuf accidents du travail mortels présentaient un lien possible avec les fortes températures.
Les secteurs les plus exposés
Certaines professions restent particulièrement vulnérables.
Les ouvriers du bâtiment figurent parmi les premiers concernés. Les travailleurs agricoles, les agents des espaces verts, les livreurs, les éboueurs ou encore certains personnels industriels sont également fortement exposés.
Dans les bureaux, les risques existent aussi lorsque les bâtiments ne disposent pas d’une ventilation adaptée ou lorsque les températures intérieures deviennent très élevées.
La multiplication des canicules relance le débat
Les épisodes de chaleur intense deviennent plus fréquents et plus longs.
Depuis le XIXᵉ siècle, la température moyenne mondiale a augmenté d’environ 1,3 °C. Les scientifiques attribuent cette hausse principalement aux émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines.
Cette évolution modifie progressivement les conditions de travail dans de nombreux secteurs économiques.
Les entreprises doivent désormais intégrer ce nouveau risque dans leur politique de prévention.
Vers une évolution du droit du travail ?
La proposition de la CGT ouvre un débat plus large sur l’adaptation du droit du travail au changement climatique.
Plusieurs organisations plaident pour l’instauration de seuils de température précis déclenchant automatiquement certaines protections.
D’autres estiment qu’il convient avant tout d’améliorer l’application des règles existantes plutôt que de créer un nouveau dispositif.
Le gouvernement pourrait être amené à faire évoluer la réglementation si les épisodes de chaleur continuent de s’intensifier au cours des prochaines années.
Conclusion
La demande d’un chômage partiel intempéries canicule illustre les nouvelles questions soulevées par le réchauffement climatique dans le monde du travail.
La CGT souhaite renforcer les protections des salariés lors des épisodes de chaleur extrême et appelle à une application plus stricte des mesures existantes. Entre prévention, responsabilités des employeurs et évolution du droit, le débat sur les conditions de travail en période de canicule devrait continuer à prendre de l’importance à mesure que les épisodes climatiques extrêmes se multiplient.
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